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Rev 1 20260312
Histoire
En 1260, à Santa Croce (près de l’église éponyme aujourd’hui disparue), la Confrérie des Flagellants (Scuola dei Battuti) construit un petit bâtiment de style gothique, destiné, comme les autres Scuole, à abriter leur administration et leurs réunions (salle dite capitulaire), et à venir en aide aux indigents (salle de l’auberge, l’Albergo). La Scuola devient riche et influente à Venise. En 1437 elle change de nom pour celui de Saint Marc, et transfère ses activités dans un bâtiment plus grand à côté de l’église San Giovanni e Paolo dans le sestiere de Castello. Mais en mars 1485, le tout est ravagé par un incendie provoqué par une bougie restée allumée et ayant atteint un grand voile que le vent avait poussé au-dessus.
Avec ses moyens (ses membres étaient très riches), les Flagellants décident de reconstruire la Scuola avec beaucoup plus de luxe et de grandeur. Pour le bâtiment ils font appel en 1488 à Pietro Lombardo et ses fils Tullio et Antonio. Lombardo était déjà très célèbre à Venise et venait juste de terminer Santa Maria dei Miracoli. Il est assisté de Giovanni Buora, et des Bellini (Gentile et Giovanni, eux aussi reconnus) pour les décorations de la façade. Le rez-de-chaussée fut terminé pendant l’année 1490.
Mais fin 1490 Lombardo est écarté (le rez-de-chaussée était réalisé). Il semblerait que ce remplacement soit dû à un différend entre Pietro Lombardo et d'autres artisans avec le Gardien de la Scuola concernant la valeur de leur travail, bref, un désaccord sur les coûts du contrat qui ont probablement dépassé l'estimation initiale.
Ce sont alors Mauro Codussi et Antonio Rizzo qui réalisent les parties supérieures, de style Renaissance byzantine, vers l’an 1495.
A signaler les apports en sculptures des frères Lombardo (même écartés de la maîtrise d’œuvre, on fit appel à eux pour leur compétence en la matière). Pour l’intérieur également, les plus grands décorateurs furent appelés : Mauro Codussi pour l’escalier monumental menant à l’étage, Domenici Moro pour le pavement, Pietro et Fabio de Faenza pour les plafonds des salles en 1495. Les plus grands peintres aussi furent contactés : Les Tintoret (Jacopo et son fils adultérin Domenico), Bellini, Palma le Jeune, etc.
En 1797, Napoléon s’empare de Venise et parmi ses méfaits, dépouille presque totalement la Scuola, beaucoup d’œuvres ne reviennent pas.
En 1819, la Scuola devient l’hôpital militaire autrichien (aujourd’hui celui de la ville) de Venise.
Extérieur
La partie basse commencée en 1489 est l’œuvre de Pietro Lombardo, le haut de Mauro Codussi. La façade contient quelques sculptures provenant de l’ancienne construction . Tullio Lombardo créa les bas reliefs ainsi que les deux lions entourant l’entrée (ces lions sont des copies des originaux détruits lors de l’invasion de Napoléon en 1797). Il réalisa aussi les deux panneaux sculptés, La Guérison d’Anianus et La Conversion d’Anianus.
La partie haute est décorée de sculptures de Bartolomeo Bon et des frères Lombardo.
La Scuola fut restaurée entre 2000 et 2005 par SAVE VENICE.
Intérieur
Le rez-de-chaussée est un très long couloir orné de magnifiques pilastres décorés surmontés de colonnes. Son pavement, réalisé par Domenico Moro sur un plan de Lombardo et Codussi, est fait de marbre rose de Vérone, de pierre d’Istrie blanche , et d’ardoise de Ligurie.
L’escalier monumental de Mauro Coducci fait en 1495, et restauré par Baldassare Longhena au 16ème siècle, mène aux deux salles principales de la Scuola.
Dans les salles, on remarquera des œuvres originales (un tableau de Palma le Jeune, « Le Christ en gloire avec Saint Marc, Saint Pierre et Saint Paul », réalisé en 1614 comme retable pour la salle capitulaire), mais surtout des reproductions numériques d’œuvres perdues après 1797. Beaucoup d’originaux sont à l’Accademia (les galeries de l’Accademia sont le principal musée de Venise, juste au pont de l’Accademia reliant les sestiere de San Marco et de Dorsoduro), les autres à Brera (pinacothèque de Milan) et ailleurs en Europe. Ces copies, très bluffantes par leur qualité et leurs dimensions, ont été réalisées par le studio Cameraphoto Arte sous la direction de Mario Po.
Le plafond en bois qui orne les deux salles est l’une des plus belles réalisations de Venise avec ses caissons dorés, ses stucs (Biagio et Pietro Faenza).
Également la magnifique bibliothèque de médecine de l’Albergo, et dans les vitrines de la salle capitulaire, une quantité d’ouvrages anciens de médecine principalement, exposés à côté d’une collection impressionnante d’instruments de médecine.
Les autres Scuole Grandi de Venise (validées par le Conseil des Dix)
· Scuola Grande della Carità, créée en 1260, aujourd’hui les Galeries de l’Accademia (Dorsoduro)
· Scuola Grande di San Giovanni Evangelista (1261, San Polo)
· Scuola Grande della Misericordia (1308, Cannaregio)
· Scuola Grande di San Teodoro (1530, San Marco)
· Scuola Grande di San Rocco (fin 15ème siècle, San Polo))
· Scuola Grande dei Carmini (1767, Dorsoduro)
Adresse : Campo San Giovanni e Paolo
Horaires : du mardi au samedi, de 9h30 à 13h puis 14h à 17h.
Sources principales :
Le site de la scuola : https://www.scuolagrandesanmarco.it/fr/
https://www.pellizzarimichele.it/blog/scuola-grande-di-san-marco
Le vaste campo San Giovanni e Paolo est l’un des plus beaux de Venise : un splendide puits, la statue du fameux condottiere Colleone, la grande église et la Scuola Grande di San Marco.
Colleone avait demandé à figurer en cavalier Piazza San Marco, condition pour léguer ses biens à la Ville. Sa statue fut bien réalisée, mais placée ici, devant la Scuola di San Marco. C’est dire la fourberie du Sénat, qui put récupérer l’héritage de 300000 ducats !
Initialement à Santa Croce en 1260, la Confrérie des Flagellants (Scola Dei Battuti) devient riche, et s’installe en 1437 ici, et change son nom en Scuola di San Marco. Mais en mars 1485, des bougies restées allumées un soir mettent le feu à un rideau, ce qui provoque un incendie détruisant tout.
Les membres décident de tout reconstruire et font appel à Pietro Lombardo en 1489, déjà très célèbre pour avoir réalisé Santa Maria dei Miracoli. Il réalise le rez-de-chaussée, assisté de Giovanni Buora et les frères Bellini. On le chasse en 1490 pour des différends financiers avec les artisans.
On fait alors appel à Mauro Codussi qui le remplace et va terminer l’étage, et la façade, en 1495. Il travaille avec Antonio Rizzo.
C’est une des plus belles réalisations de style Renaissance vénitien (avec des touches de l’art byzantin propres à la culture de Venise).
De nombreuses sculptures ornent le haut de la façade, certaines sont de Bartolomeo Bon ou des frères Lombardo.
Tout en haut, la statue de Saint Marc, elle ressemble beaucoup à celle de la Basilique mais ici son évangile est fermé.
Les fenêtres de la salle capitulaire, et la statue de la Charité au-dessus du portail (Pietro Lamberti, ou attribué à Bartolomeo Bon).
Richement ornée de représentations de Saints, de Vertus, d'Anges, de guerriers, de lions ailés et de créatures fantastiques, la façade mettait en valeur les diverses activités philanthropiques de la Confrérie.
Le Lion ailé dans une niche, très probablement des frères Lombardo (à cause de ces 4 médaillons en marbre polychrome, la spécialité de la famille (Palais Dario, église SM dei Miracoli).
Médaillons que l’on retrouve en nombre au rez-de-chaussée (Pietro Lombardo et ses fils Tullio et Antonio). Dans la lunette, un haut relief reprenant le tableau de Saint Marc vénéré par les membres de la Confrérie visible dans la salle du Chapitre (B. Bon).
Le portail d’entrée est richement décoré, avec les lions. C’est une copie, les originaux ayant été détruit en 1797 par le sac de la ville par Napoléon.
Napoléon a pillé Venise et rapporté en France des milliers d’œuvres (les chevaux de la basilique, le contenu de nombreuses églises, et bien d’autres choses).
Il a fermé des monastères, des églises, des Scuole, et abimé des hauts reliefs, des fresques, des statues, des lions
On parle de 506 tableaux ramenés d’Italie en France par Napoléon (de Florence, Turin, Rome, Gênes, etc) !
Heureusement les Autrichiens l’ont de nouveau battu en 1815, et ont fait revenir 14 tableaux à Venise (sur 18 volés).
Quelques tableaux sont restés en France tout de même (Le Louvre, le MBA de Lyon et celui de Besançon).
Le portail secondaire plus à droite, qui est l’entrée de la pharmacie. De part et d’autre, deux hauts reliefs de Tullio Lombardo (des copies des originaux détruits en 1797).
On y voit aussi (mais ce n’est pas évident) des colonnades et des plafonds finement sculptés qui donnent cette impression d’espace en 3D.
La guérison d’Anianus (à gauche). Il était savetier, et jurait beaucoup, mais par Dieu et non pas par Zeus. Marc vint à lui pour réparer sa sandale. L’aiguille d’Anianus glissa et lui perça le doigt, il jura « Par le Dieu », et non par le classique « Par Zeus » païen.
Alors Marc prend sa main et le guérit, et ensuite le baptise (à droite). Anianus devint de 64 à 86 APJC l’évêque d’Alexandrie, succédant à Marc. Ces épisodes furent repris par de nombreux peintres et sculpteurs (Cima da Conegliano, Mansueti, etc.).
L’entrée passée, on prend l’escalier de Codussi (restauré par Baldassare Longhena, architecte de la Salute à Dorsoduro), pour arriver à la salle capitulaire.
Impressionnante en taille, mais aussi avec son plafond bleu et doré, d’immenses tableaux et ces vitrines contenant des trésors de littérature ancienne et d’outils de médecine.
Entre les fenêtres donnant sur le Campo, deux tableaux de Domenico Tintoretto, à gauche le Miracle de l’anneau de Saint Marc (3,7mx4m), à droite Saint Marc bénissant les origines de Venise (1587-1590, 3,2mx3,90m).
Lors de la redécouverte du corps du Saint dans une colonne de la nouvelle Basilique en 1094, son anneau miraculeux fut donné à Domenico Dolfin, et beaucoup plus tard, en 1509, les Dolfin le vendirent à la Confrérie. Il fut volé en 1575. Domenico en fit plus tard ce tableau pour garder cet évènement en mémoire à la Scuola.
Ici, Saint Marc, sur un bateau, en route pour Rome vers l'an 60 (incertain), bénit le site qui deviendra en 421 Venise et son futur lieu de repos , son lion derrière lui, et sur un paysage de lagune encore habitée par des pêcheurs dans leurs huttes de paille.
A l’opposé au fond de la salle, l’autel réalisé par Sansovino contient au centre le retable de Palma le Jeune (Le Tintoret, sollicité, ne put le réaliser à temps).
Le Christ en gloire avec Saint Marc, Saint Pierre et Saint Paul (ici depuis 1614). De chaque côté 2 tableaux de Domenico Tintoretto.
Ici, l’enlèvement de la dépouille de Saint Marc à Alexandrie en 828.
Noter que les Tintoret obtinrent d’être membres de la Confrérie en échange de tous les tableaux réalisés ici.
Sur la droite, l’arrivée au Bacino de Venise avec le Doge Partecipazio
Sur le mur à droite, un grand tableau d’Alessandro Varotari (dit le Padovavino), Les Noces de Cana.
La Crucifixion (Alvise Donato). Le tableau provient du monastère de San Giorgio in Alga, l’original est à l’Accademia.
Certains (https://rivisteopen.unimc.it/) y voient plutôt le travail de Girolamo da Santa Croce (mi 16ème siècle).
Beaucoup de détails comme le drapeau des armées romaines, la pointe ensanglantée de la pique, l’éponge sur une pique ayant recueilli le sang de sa blessure.
Un lion courant après une biche, un cavalier désarçonné, et les femmes au pied de la Croix (5, comme chez le Tintoret) avec Marie-Madeleine en pâmoison, et le château.
Deux longues vitrines occupent le sol, présentant une petite partie de la collection unique d’ouvrages anciens et d’instruments tirés du Musée de la médecine.
On peut y voir des livres d’Hippocrate, Pline, Galien, ou Avicenne, pour ne citer que les plus connus.
Page expliquant comment sortir le nouveau-né s’il se présente avec un bras avant la tête.
Ici les instruments pour l’amputation d’un membre.
Digression : Ici Jacopo Robusti (Le Tintoret) avait peint trois tableaux qui ont été disséminés: La (re)découverte du corps de Saint Marc (pinacothèque Brera, Milan),
l’Enlèvement du corps de Saint Marc (1566), et le Miracle de l’esclave (aujourd’hui à l’Accademia).
Le magnifique plafond à caissons couvrant les deux salles de la Scuola, réalisé en 1495 par Pietro et Biagio di Faenza (autre origine, douteuse : Vettor Scienzia da Feltre et de Lorenzo di Vincenzo da Trento).
Chaque caisson est en bois avec des stucs, et renferme une décoration unique.
La salle suivante, l’Albergo, est la plus somptueuse, c’est la première qui a été aménagée par la Confrérie.
Ici les caissons sont circulaires et non pas hexagonaux comme dans la salle capitulaire.
La bibliothèque de médecine, collection de plus de 8000 ouvrages rares, dont on a vu des exemples dans la salle capitulaire.
Comme on le voit, les murs sont complètement couverts par d’immenses tableaux (rappels : ce sont des copies numériques, mais bluffantes).
Sur le mur gauche, le Pêcheur remettant l’anneau de Saint Marc au Doge Bartolomeo Gradenigo.
C’est le chef d’œuvre de Paris Bordone fait en 1534, (il est mort à Venise en 1570), (3,7mx3m, l’original est à l’Accademia).
A côté, La Bourrasque infernale, nommée aussi « Saint Marc, Saints Georges et Nicolas sauvent Venise de la tempête », (Jacopo Negretti dit Palma le Vieux).
Tableau tourmenté avec des Vénitiens dans un bateau secoué par la tempête..
Et cette apparition burlesque des 3 personnages allant calmer les vagues.
Quant à la créature marine émergeant de l’eau, elle n’apporte pas grand’chose.
A côté, La guérison d’Anianus (Giovanni Niccolo di Mansueti, 1507), que l’on a déjà vue en bas relief sur la façade
Le savetier Anianus s’est piqué le doigt en réparant la sandale de Marc, et Marc lui prend la main pour le guérir.
Grand tableau (original à l’Accademia acquis en 1838) fourmillant de personnages.
Le mur du fond de l’albergo supporte cet immense tableau (3,47mx7,70m) illustrant la Prédication de Marc à Alexandrie.
Après son périple à Rome où il écrivit son évangile, il revient à Alexandrie, crée la religion copte et devient son premier évêque.
Commencé par Gentile Bellini en 1504, qui décède en 1505, il est achevé par son frère Giovanni en 1507. N’étant pas à un anachronisme près, les peintres y ont figuré la Basilique, Dante Aleghieri,
les membres de la Confrérie, et aussi des mamelouks, et des personnages influents à Venise cette année-là. Le tableau se trouve à Brera (pinacothèque de Milan) depuis 1809.
A gauche de la fenêtre (on n’y fait pas attention), le Baptême d’Anianus par Saint Marc. La scène est noyée sous les autres personnages et l’architecture compliquée du palais (Giovanni Niccolo di Mansueti, 1524).
Très curieux et difficile à voir, dans le losange noir sous la grande colonne, le peintre a placé son nom (Johannes di Mansuetis) !
Après la fenêtre, on trouve encore un Mansueti. Episodes de la vie de Saint Marc (3,71mx6,03m, acquis en 1838, original à l’Accademia).
Sur la droite, le Sultan ( ??? lu sur l’explication donnée par le musée de l’Accademia, on est en 58 environ !) signe l’arrestation de Marc.
Au centre, dans la cathédrale d’Alexandrie où Marc disait la messe, il est arrêté.
A gauche, on voit le Christ qui rend visite à Saint Marc dans sa prison, avant d’avoir les membres brisés et être tué.
Enfin, au-dessus de la porte menant à la salle capitulaire, encore un très grand tableau du Martyre de Saint Marc (3,62mx7,71m) .
Commandé à Giovanni Bellini vers 1515 qui décède peu après, il est terminé par Vittore Belliniano en 1516, son original est à l’Accademia depuis sa restitution par les Autrichiens en 1919.
Un peu à la mode maniériste, la scène principale se trouve dans la partie droite en bas du tableau.
Arrêté au moment de la messe dans sa cathédrale, Marc est assommé, attaché, et on le traîne dans toute la ville.
Au second plan, mille détails de son environnement (mais plutôt à la mode vénitienne).
On descend au rez-de-chaussée dans le couloir qui mène à l’hôpital.
Le rez-de-chaussée est un très long couloir orné de 10 magnifiques pilastres décorés, surmontés de colonnes.
Son pavement, réalisé par Domenico Moro sur un plan de Lombardo et Codussi, est fait de marbre rose de Vérone, de pierre d’Istrie blanche, et d’ardoise de Ligurie.
On peut ensuite déambuler dans l’ancien cloître, les couloirs mènent ensuite à l’hôpital.
Sur la droite, on trouve l’entrée latérale de l’église San Giovanni e Paolo.