Palais, Musées, Scuole à Venise

Palazzo Vittorio Cini à San Vio (Dorsoduro)

Cette maison-musée dont la façade est tournée vers le Campo San Vio et non sur le Grand Canal, fut créé officiellement en 1984.

Vittorio Cini, de Ferrare, (1885-mort à Venise en 1977) fut un riche industriel passionné d'art et qui accumula pendant des années des centaines d'œuvres (tableaux, vaisselles, sculptures, etc.) de la période 13ème-17ème siècles, en particulier de la Renaissance à Florence.

Le musée comporte deux étages, le premier contenant les collections permanentes et le second des collections temporaires ainsi que d'autres œuvres comme les portraits de Daniele Barbaro.

Le palais est en fait un ensemble de deux palais : le premier, qui donne sur le Canal et possède un pont privé vers le Campo San Vio est le palais Foscari édifié pour Elisabetta Venier Foscari vers 1565 (appelé par la suite Foscari-Loredan ou Loredan), Cini l'achète en 1919. Le second est acquis un peu plus tard, il jouxte le premier et donne sur la Calle Nuova Piscina Forner, c'est un palais Grimani (Vincenzo Grimani) de Santa Maria Formosa construit à la même époque et que Sansovino admire comme étant une réalisation parfaite du raffinement vénitien. Grand collectionneur, grand connaisseur de l'art toscan de la Renaissance, Vittorio Cini, aidé aussi par des amis spécialistes, accumule dans ces palais un nombre impressionnant de chefs d'œuvre achetés chez des antiquaires principalement (et parfois découverts par hasard …). Dans les années 50 les œuvres furent réorganisées dans les salles (principalement pour les tableaux accumulés au cours des ans). Entre 1956 et 1958, on fait appel à l'architecte Tomaso Buzzi pour modifier l'intérieur (on lui doit la salle à manger ovale en style néo rococo qui contient les vaisselles de Cozzi, et le magnifique escalier ovale de la fin du 18ème).

Suivant la mort de son fils aîné Giorgio dans un accident d'avion près de Cannes, Vittorio Cini crée en 1951 la Fondation Giorgio Cini, avec un centre culturel et de formation et des instituts d'histoire et de recherches, sur l'île de San Giorgio Maggiore, aujourd'hui connu dans le monde entier.

A la mort de Vittorio Cini en 1977, la collection est divisée entre ses trois filles, Yana, Ylda et Mynna. La benjamine, Yana, mariée au Prince Fabrizio Alliata di Montereale, hérite des collections de Toscane et d'Italie centrale et en fait donation de la majeure partie à la Fondation Cini en même temps qu'une partie des palais à San Vio (1981). Et en septembre 1984, la Galerie du Palazzo Cini ouvre ses portes. Les collections sont ensuite enrichies en 1989 avec des peintures de Ferrare prêtées en permanence par le Cini Guglielmi di Vulci.

La Collection

Elle est abritée dans le palais des Cini et contient des ensembles d'œuvres uniques dont les principaux sont : les Primitifs Toscans (Lippi, Botticelli, Fra Angelico, Pontormo, …), les Ferrarais (Cosme Tura, Dosso Dossi, Lorenzo Costa, etc.), ivoires byzantins, et la vaisselle 18ème de Cozzi, sans omettre les meubles raffinés, les sculptures et les autres objets d'art accumulés par Cini.

Noter que faute de documentation et de preuves, les auteurs des peintures d'avant la Renaissance (et même de cette époque) sont difficiles à nommer et à définir de façon précise. Aussi a-t-on usé du mot générique "maître de …" pour désigner un peintre inconnu mais dont on sait à peu près où il travaillait ou pour qui. De même, les peintres sont souvent appelés par un surnom qui est leur ville natale (Pontormo pour Jacopo Carucci).

Note : j’ai pris la liberté d’emprunter quelques images du site de la Fondation (lien ci-dessous) pour remplacer certaines photos floues, pour améliorer ce document. A noter que le site est en anglais et italien, et n’existe pas en français. Ceci est ma contribution pour les visiteurs francophones.

Adresse : Campo San Vio, Dorsoduro 864

Références

http://www.palazzocini.it/


rev3 21/04 /2019

L'entrée de la Collection Cini est discrète et ne présage pas du luxe des salles et de œuvres exposées.

L'antichambre, petite pièce (typique du goût raffiné de Vittorio) remplie d'objets d'art précieux : croix, statuettes, ivoires sculptés, objets de culte, bronzes, etc.

Ici une croix processionnaire à double face (Christ mort, et Christ triomphant), Giunta Pisano, Italie centrale, 1ère moitié 13ème.

Tableau du Christ sur la Croix, (fin 14ème), tempera gothique tardif, atelier de Lorenzo Monaco, et objets en ivoire sculptés.

Plat d'apparat ("da pompa"), à sa gauche un ciboire du 13ème.


Triptyque en os sculpté : (Madonna col Bambino et i Santi : Ludovico da Tolosa, Lorenzo, Giovanni Battista, Marco.

Buste de Yana Cini Alliata di Montereale du sculpteur Francesco Messina (1951).

Salle des Primitifs toscans (ou de la Majesté). Au début du 20ème siècle il était à la mode de trouver des œuvres dites "des Primitifs", donc d'avant la Renaissance de Raphaël, entre le 13 et le 15ème siècle, mais souvent elles étaient abimées. Ici la Vierge et l'Enfant (Maitre de Bigallo,mi-14ème), à droite Deux Apôtres (école de Giotto, ca. 1327).

Guariento ca 1338, toscane, inspirée de celle de Giotto à la chapelle des Scrovegni à Padoue.

Statue de la Vierge à l'enfant du 14ème, style florentin, Crucifix (on est dans l'ex-salle à manger de V. Cini).

A droite, Vierge à l'Enfant sur le trône avec 4 anges, école (de Sienne) de Duccio di Buoninsegna, 1315.

Diptyque (Christ humilié, Flagellation, Crucifixion), (Maître des Poldi Pezzoli Ombrie, mi 14ème).

Salle des polyptyques (ex-salle de réception, richement meublée et décorée). Donnant sur le Campo San Vio, elle contenait avant la mort de Cini des portraits d'époque Renaissance.

Un Saint évêque, de l'école de Sienne, mi 15ème.

Madonna con il Bambino, début 16ème, en peuplier noir, d'un sculpteur toscan.

Annonciation, triptyque (de l'autel de St Paul en l'église Ste Catherine de Pise), 1363, du Maître Francesco de l'école d'Andrea Orcagna. Il tient un volume de la première épitre aux Corinthiens.

Au centre, Saint Pierre martyr, partie de polyptyque. A droite, Vierge à l'Enfant et deux Saints Miniato et Girolamo, Matteo di Giovanni, mi 15ème. A gauche, Six Saints, (Pierre, Jean l'Evangéliste, en bas au centre Saint Pierre le Dominicain), Maître du Crucifix d'argent, 1350.

Saint Pierre.

De gauche à droite : Christ Rédempteur, Maître de l'Observance (Sienne), mi 15ème; Saint Jean l'Evangéliste, Francesco Neri da Volterra, mi 14ème, ?? , Madone de l'Humilité,, 1440, Stefano di Giovanni (Sasseta).

Vierge à l'Enfant et 4 Saints (Antonio Abate, Lorenzo, Giovanni Battista, Agata), triptyque de Lorenzo di Niccolodi Martino, fin 14ème.

Détail de la prédelle, épisodes de la vie des Saints (au centre, Christ mort entre la Vierge et Jean Baptiste, Saint Michel et un saint évêque), martyre d'Agate.

Détail (Saint en Enfer).

Salle à manger ovale de Tomaso Buzzi. 1956-1958.. Elle est petite mais précieusement décorée de stucs néo-rococo, et renferme 275 pièces d'un service de table (1785-1795) de la manufacture vénitienne des Cozzi.

Magnifiques motifs de fleurs et de végétaux. La maison Geminiano Cozzi (de Modène) s'installe à Venise en 1764 et reste active et célèbre jusqu'à la chute de la République.

Salle de la Renaissance, pour les invités de Vittorio Cini, fameuse pour ses œuvres de la Renaissance en Toscane, la décoration et les meubles respectent l'ambiance de l'époque.

Au centre, Madonna col Bambino, Piero della Francesca.

Madonna col Bambino e due angeli, Ghirlandaio, ca. 1492.

Partie de la Pala de Saint Marc, Beato Angelico, ca 1440, (démembré de l'autel du couvent des Dominicains à Florence).

Conversation sacrée avec la Vierge, Filippo Lippi, années 1430. Elle est entourée de San Vito, San Miniato, Jean Baptiste et des Saints .

Madonna col Bambino et Due Angeli, Piero di Cosimo (considéré comme un chef d'œuvre caractéristique de la Renaissance "mature").

Terre cuite polychrome, la Vierge et l'Enfant, Giovanni de Fondulis (1,43 m), ca. 1470 (manque ici : un Saint Thomas d'Aquin de Fra Angelico).

Le Jugement de Pâris, Sandro Botticelli (Paris fils de Priam roi de Troie doit désigner la plus belle parmi Junon, Minerve et Vénus, il choisit Vénus), à gauche Rome et ses monuments.

Portraits de deux amis, (Pontormo), ils tiennent une feuille du "De Amicitia", de Cicéron.

Salle des Ferrarais. A gauche, Madonna col Bambino, Lorenzo Costa, 1497.

Scène allégorique, Dosso Dossi, 1526 (partie d'un plafond de la chambre d'Alphonse 1er d'Este), représentant le Rire, la Peur, les Pleurs et la Colère (d'après un sonnet de Pétrarque).

Sacra Famiglia avec le jeune Giovannino, Piero di Cosimo.

Sacra famiglia con Giovannino, Battista Dossi (le frère de Dosso), ca 1540 (les dattes ont été remplacées par des cerises …).

Portrait de Tito Vespasiano Strozzi (gouverneur de Rovigo, Lugo et de la Romagne), (Baldassare d'Este, ca 1570).

Saint George (San Giorgio), Cosmé Tura, (partie d'un autel portatif, le tableau fait 21x13 cm).

Saint George, Ercole de Roberti, (il y a aussi un San Girolamo extrait d'un polyptique de la chapelle Griffoni de la basilique San Petronio de Bologne, non montré ici).

Ste Catherine d'Alexandrie, Ercole de Roberti (reconnue grâce à la roue de son martyre raté).

Piétà, Ludovico Mazzolino, ca 1520.

La Circoncision, Ludovico Mazzolino.

La Présentation au Temple, ca. 1530 (remarquer l'oculus en haut en grisaille représentant un mariage).

Bergers, (Michele Ciampanti, ca 1500).

L'escalier ovale de Tomaso Buzzi, permettant l'accès à l'étage, où, lors de la visite en octobre 2015, étaient exposés deux portraits de Danielle Barbaro par le Titien et Véronèse. Quelques mots sur Daniele Barbaro (1514-1570) : mécène raffiné, animateur culturel à ...

... Venise, soutien d'artistes éminents (Palladio, Véronèse, …), savant éminent dans tous les domaines (optique, mathématiques, théologie, rhétorique, philosophie, etc.), il a énormément écrit dans tous les domaines (poésie, philosophie, botanique, sciences).

Daniele Barbaro, (Le Titien, ca. 1545), (Le Prado Madrid).

Daniele Barbaro, Véronèse, 1560, (Rijksmuseum Amsterdam).

Célèbre pour sa traduction des 10 volumes de Vitruve "De Architectura" sur l'architecture romaine classique (qui inspira Palladio), édité en 1556 à Venise par Marcolini son ami.

La maison familiale à Maser près d'Asolo, dessinée par Andrea Palladio, dans un des volumes de son célèbre "I quattri libri dell'architettura, 1570" .


Tête de Vieillard oriental, GianDomenico Tiepolo.

Tête de Vieillard oriental, Tiepolo.



Un "caprice" de Guardi, ca. 1760, prêté par le musée Jacquemard-André.

Magnifique collection de dessins du 18ème de Canaletto, Guardi (ici dessin de bateaux devant San Giorgio Maggiore), Tiepolo, Piazzetta, Pittoni, Zais, etc.

Costumes.