Balades au calme dans Venise

La Piazza ... Autrement !

Cette balade, qui n'en est pas vraiment une, on ne fera pas des kilomètres, nous emmène à la place Saint Marc, la Piazza, mais autrement qu'à travers les clichés classiques que les 25000 touristes avalent quotidiennement. Il y aura bien sûr quelques incontournables, mais cette page va faire découvrir des "invisibles du genre commun".

On commencera par faire un panorama de la place avec son histoire, sa géographie, ses mythes et ses surprises (si on connait un peu on pourra sauter cette longue introduction). On prendra comme point de d'endroit le plus récent, l'aile napoléonienne, et on fera le tour avec des surprises de taille. Puis on examinera l'horloge, la façade de la cathédrale. Un tour sur la Piazzetta et une montée au campanile, et un examen complet de la façade du palais des Doges, se terminant par les chapiteaux. Il faudra probablement deux bonnes "Matinées" ou "Après-17h" pour tout faire, mais on peut aussi le faire plus rapidement. "Matinées" car au-delà de 10 heures la Piazza est livrée aux hordes étrangères jusqu'à 17 ou 18 heures.


Cette balade, contrairement aux autres décrites ailleurs, ne peut pas éviter la population qui s'y masse tous les jours. Un conseil : commencez la visite avant 8 heures du matin, et arrêtez-la quand le monde emplit la place, vers 10h30. Revenez au Café Florian le soir et reprenez la visite le lendemain.

L'itinéraire est jalonné de 40 points intéressants. e. Ils incluent un maximum de détails uniques, instructifs et rares (photo, auteur, date, raison d'être, contenu et personnages, historique, etc.). Cliquez dessus. La page principale du site est www.venise-balades-visites-culture.com

Notes techniques

Les numéros 01, 02, … dans l'itinéraire se rapportent aux lieux numérotés sur la carte. Les lettres (a), (b), … se rapportent aux endroits où on peut manger ou boire rapidement (en général très bon).

Pour les autres guides papier sur Venise, ils annotés dans les textes par une abréviation et la page du guide (avec les éditions ultérieures la page peut varier) :

VIS (à garder sur soi en permanence) : Venise insolite et secrète, Thomas Jonglez et Paola Zoffoli, Editions Jonglez, ISBN 978-2-9158-0766-0), GV (Venise et la Vénétie, Guides VOIR, Hachette), EDV (le guide Encyclopédie du Voyage Venise, Gallimard), CM (Venise, Itinéraires avec Corto Maltese, Hugo Pratt, Guido Fuga, Lele Vianello, Lonely Planet, Casterman), GB (le Guide Bleu Venise Hachette), WE (Un grand Week-end à Venise, Hachette Tourisme).

Guides en photos disponibles sur le site pour :

L'histoire de Venise , 08 La vieille au mortier , 12 L'arrivée de Saint Marc à Venise ,

34 360 degrés autour du campanile , 39 Les Chapiteaux du Palais



Avertissement : toute cette présentation est un raccourci très serré de ce qu'il faudrait savoir sur cette Piazza, et nous avons du trancher dans le vif de beaucoup de sujets, voire les omettre, faute d'avoir 200 ou 800 pages à y consacrer.

D'autre part il est possible de sauter cette introduction pour aller directement au début de la balade proprement dite.


Les points commençant par "La Piazza autrement" sont à privilégier dans la balade.


Histoire de la place Saint Marc et ses monuments

Début de l'ère chrétienne

A la chute de l'Empire Romain en 476, Venise se constitue et accueille les habitants de la Terre Ferme chassés par les invasions successives des Barbares venus de l'Est (voir la page du site web sur l'histoire de Venise). Elle fait partie de l'Exarchat de Ravenne gouverné par l'empire byzantin. En 810 Le doge Partecipazio transfère le siège du gouvernement sur l'ile de Rivoalto (Rialto) depuis Malamocco et on construit au 10ème siècle le château (dont on ne trouve plus de traces) probablement en agglomérant différents bâtiments et en le dotant de défenses médiévales. L'eau arrive au ras du château (la Piazzetta) et forme un bassin d'amarrage pour les bateaux (le Bacino), et le rio Bataro coupe la future place, occupé majoritairement par des potagers des moniales du couvent de San Zaccharia.

En 976 la révolte contre Pietro IV Candiano provoque un incendie qui brûle le palais, Saint Marc, Saint Théodore et 200 maisons.

Les nombreux incendies au 10ème siècle entraînent des reconstructions par le Doge Sebastiano Ziani qui transforme radicalement l'endroit : deux palais sont construits en architecture byzantine : un sur le Bacino pour le gouvernement et un donnant sur la place pour les institutions et la justice. La Basilique, chapelle des doges, était aussi l'église du gouvernement vénitien, l'expression de sa richesse et de son pouvoir. Au centre de l’actuelle piazza San Marco, se trouvait érigée l’église San Geminiano.

828 Arrivée de Saint Marc

En 826, le 11ème Doge Giustiniano Partecipazio se cherche un nouveau puissant protecteur céleste pour protéger la ville et aussi se protéger d'Aquilée qui se targue d'avoir Marc comme patron, et aussi de Rome qui a Pierre. Il est à noter que Marc (de son nom juif Jean) devient collaborateur de Pierre puis dirige la communauté juive de Rome. On dit qu'il était passé dans l'Adriatique par bateau et avait fait naufrage dans la lagune. Un ange lui serait apparu et lui aurait alors dit ces mots : « Paix sur toi Marc mon évangéliste, tu trouveras ici le repos » (ce qui devint la devise de Venise. Il part ensuite en 43 pour Alexandrie pour évangéliser la région, devient le premier évêque d'Egypte. Mais il est martyrisé par les idolâtres vers 68-75 à Bucoles (banlieue d'Alexandrie). Son corps est embaumé et placé dans une chapelle de ce village.

Deux marchands vénitiens, Rustico da Torcello et Bon da Malamocco (autre source : seulement Andrea di Torcello, allez savoir …), payés par le Doge, se débrouillent pour subtiliser sur ordre du Doge les reliques sacrées de saint Marc l'évangéliste dans la chapelle du petit port de pêche de Bucoles proche d'Alexandrie en Égypte. Cette église était par ailleurs vouée à la destruction par les Musulmans. Soudoyant le curé local, ils remplacent son corps de Marc par un autre traînant là (Saint Claudien), l'enveloppent dans des couches de choux et de porc, viande impure honnie des Musulmans, et passent la charrette chargée ainsi devant la douane située port (les douaniers crient "Kanzi! Kanzi!" (Impur! Impur!) et refusent évidemment de fouiller le chargement. Un magnifique tableau du Véronèse illustre cet épisode. Après un voyage mouvementé et un miracle du saint lors d'une tempête, le corps arrive à Venise le 31 janvier 828. Une grande mosaïque dans l'église illustre cet exploit, et bien sûr les arcades de la façade de la Basilique.

Une première église est consacrée en 832 par Giustiniano Partecipazio, 11ème Doge, sur l'emplacement de la chapelle privée du palais alors fortifié du Doge, pour recevoir les reliques de Saint Marc. Et surtout pour tuer dans l'œuf les prétentions d'Aquilée sur le Saint (oui, il était patent que Marc était passé à Aquilée).

Après l'an 1060 l'évêque Domenico Contarini reconstruit une nouvelle Basilique au-dessus de l'ancienne (devenue la crypte) mais en 1063 les restes de Marc sont perdus ! Impossible de les retrouver dans le chantier. Ils seront miraculeusement (après 3 jours de jeûne, le saint souffle l'endroit au Doge et à l'Evêque …) retrouvés, 30 ans plus tard, dans le pilastre droit du transept de l'église ancienne le 25 juin 1094 (selon une tempera de Paolo Veneziano), et transportés dans la crypte après avoir été exposés un temps (au 19ème siècle ils seront déplacés sous le maître-autel, et finalement en 1968 Paul VI les restitua à l'Eglise orthodoxe copte fondée par Marc). La Basilique Saint Marc est consacrée la même année.

Saint Marc devient ainsi le Saint Patron de la ville avec le lion comme symbole (selon le Tétramorphe défini par Irénée de Lyon), au même titre que l'ange pour saint Matthieu, l'aigle pour saint Jean et le taureau pour saint Luc. A noter que Paul VI rend en 1968 la relique (en fait une "relique de contact" aux Coptes qui exigeaient sa restitution depuis plus de 1000 ans) qui repose dans la cathédrale Saint Marc d'Abbassia près du Caire, siège de l'église orthodoxe copte.

La place Saint Marc au XIIe siècle

Après des décennies de discordes, guerres et intimidations entre papes et empereurs du Saint-Empire romain germanique, (le pape Alexandre III se voit opposer quatre antipapes soutenus par Frédéric Ier qui interdit la nomination des cardinaux par le pape dans son empire). Venise, connue pour sa farouche indépendance à toute sujétion, réunit ces deux personnalités. Frédéric Barberousse, très affaibli, accepte de reconnaître l'autorité d'Alexandre III le 24 juillet 1177 à Saint Marc (voir la page Histoire de Venise sur le site). Le petit canal mentionné est supprimé, ce qui double la superficie de la place. Le bassin qui isolait le palais des Doges de la Basilique est comblé aussi et on agrandit la place en prenant sur le potager. On en profite pour déménager l'église San Geminiano au fond de la nouvelle place entre les actuelles Procuratie, qui devient l'actuelle Piazza, qui trouva à peu près ses dimensions actuelles.

Au 14ème siècle

A la fin du 13ème, les représentants au Sénat doublent de nombre et transforment le palais comme on peut le voir aujourd'hui : les travaux commencent vers 1340 sous Bartolomeo Gradenigo, et changent la façade donnant sur le bacino. Le Grand Conseil qui culmina à près de 2000 membres, (et nommant le Conseil des Dix, et le Doge, entre autres procurateurs) se réunit pour la première fois ici en 1419.

Au 15ème siècle

C’est à cette époque que la Basilique Saint Marc se couvre de dômes en demi-sphères.

On construit les premières “procuraties”, siège des administrations des 9 Procurateurs.

A à la fin du 15e siècle, Mauro Codussi construit la Tour de l’Horloge.

Quant au palais, on modifie la partie donnant sur la Piazzetta sous le dogat de Francesco Foscari avec l'arcade du rez-de-chaussée. En particulier, la Porte della Carta (Carta car c'est là qu'on affichait les décisions du Conseil) et l'arche de Foscari (tympan de 1438) entre 1438 et 1442 après la fin des travaux sur l'aile ouest abritant le palais de justice. Cette façade ouest est la réplique (à un détail près) exacte de la façade sud, voulue par le doge Francesco Foscari.

Les travaux durèrent très longtemps et en 1483 un violent incendie détruit les appartements du Doge. Une nouvelle reconstruction commence avec l'architecte Antonio Rizzo, puis Pietro Lombardo, puis Antonio Abbondi qui terminera les travaux en 1559 en style Renaissance.

La grande fenêtre centrale, réalisée par Pier Paolo delle Masegne, présentait une allégorie de la Justice dans une de ses niches latérales (remplacée au XVIe siècle par une sculpture d’Alessandro Vittorini).

Au 16ème siècle

Au moins trois incendies (1574, 1577) se déclarent dans la deuxième moitié du 16ème siècle (détruisant à l'intérieur les œuvres de Vivarini, Carpaccio, Bellini et bien d'autres). Un projet de reconstruction en style Renaissance fait jour, mais Jacopo Sansovino l'empêche et fait reconstruire le palais dans sa forme originale. Encore beaucoup de changements durant ce siècle. Sansovino va redonner du lustre à la place en construisant la Loggetta au pied du campanile (1549), superbe construction Renaissance ornant le pied du monument. Il restaure aussi la Basilique. Pour finir il construit la magnifique Libreria en face du Palais des Doges.

Enfin, en 1582, Vincenzo Scamozzi édifie les Procuratie Nuove (côté lagune), qui sont le pendant des Procuraties Vecchie (côté Rialto). Longhena terminera l’œuvre jusqu'en 1640 !

Tirali complètera la place par un nouveau pavement utilisant des marbres blancs et en supprimant les derniers vestiges boueux de l'ancienne place. Car la Piazza se prenait régulièrement toutes les acque alte (et encore aujourd'hui…). On est presque au bout de l'histoire de la Piazza qui se compose alors, géométriquement bizarre tout de même, ainsi :

Au nord, les Procuratie Vecchie (musée Correr, café Quadri et la tour de l'horloge), sous laquelle débouche la « via dei mercerie » qui relie la place Saint-Marc au Pont du Rialto,

Au sud, les Procuratie Nuove comprenant le musée archéologique de Venise, et la Bibliothèque Marciana (ou Libreria Vecchia),

À l'est, la Basilique Saint-Marc, le palais des Doges et le campanile de Saint-Marc

À l'ouest, opposée à la Basilique, San Geminiano démolie pour l'aile napoléonienne, et l'entrée des musées,

La Piazzetta est la partie de la place qui rejoint le Grand Canal, entre le palais des Doges et la biblioteca Marciana.

Les prisons et les autres œuvres du 17ème siècle

Jusque-là, le Palais des Doges abritait non seulement les appartements du Doge, le siège du gouvernement et les salles d'audience de la ville, mais aussi la prison. Ce fut seulement dans la seconde moitié du 16e siècle, qu'Antonio da Ponte ordonne la construction de nouvelles prisons, construites autour de 1600 par Charles Conlin, liées au Palais des Doges par le Pont des Soupirs. Ce transfert des prisons a libéré l'espace au rez-de-chaussée du palais, et au début du 17e siècle la cour est refaite et les colonnades mises en place.

Le palais après la chute de la République de Venise

En 1797, Venise est occupée par les Français de Napoléon qui signe l'arrêt de mort de la République. L’église San Geminiano est détruite en 1810 pour être remplacé par les appartements du Vice-roi et gendre de Napoléon, Eugène de Beauharnais. Ce bâtiment, qui a gardé le nom d’aile “Napoléon” malgré la suite des évènements, rejoint les deux Procuratie et c'est l'entrée des musées de la place (Correr, Archéologie, Marciana), à l’opposé de la Basilique et en style néoclassique. Un jardin fut créé, vers le Bassin San Marco. Ce sont les giardini reali,(en rénovation complète depuis 2019), un havre de calme boisé derrière les Nuove.

C'est ensuite au tour de l'Autriche de "posséder" Venise, et après encore bien des péripéties, en 1866, Venise et la Vénétie intègrent le royaume d'Italie uni.

Au cours de cette période, le Palazzo Ducale a été occupé par divers bureaux administratifs.

A la fin du 19ème siècle, la structure montrait des signes de vieillesse. Les chapiteaux du 14ème siècle sont remplacés. En 1923, l'État italien, propriétaire de l'immeuble, donne au conseil municipal la gestion du palais en tant que musée public. En 1996, le Palais des Doges fait partie du réseau des musées municipaux de Venise.

01 Cheminons sur la place Saint Marc. Malgré sa structure en trapèze qui, vu de la Basilique, la fait paraître plus profonde, la place Saint Marc est bien proportionnée, assez vaste et aérée, et entourée de monuments remarquables.

Ce ne fut pas toujours le cas : l'ancienne église San Geminiano, avant d'être déplacée au fond entre les Procuratie, puis détruite par Napoléon, siégeait presque au centre. La moitié ouest était occupée par le potager des moniales de San Zaccaria qui ne le cédèrent qu'à contre-coeur. La Basilique était la chapelle du Doge. Le palais ressemblait à un modeste château-fort. Le rio Bataro qui la coupait ne fut bouché que vers 1177. Et la Piazzetta qui longe le Palais servait de port de marchandises.

02 La Piazza autrement : le pavement. Au début, ce n'était qu'un verger, un potager, très boueux, impraticable à chaque acqua alta. En 1264, on le couvrit de briques rouges en chevrons à la byzantine (comme la façade du Palais). S'ensuivent d'autres pavages en 1392, 1495, 1566. En 1723, l'architecte Tirali le refait avec de la trachyte de Vérone (pierre de lave), décorée de bandes blanches, au dessin très moderne, de granit d'Istrie (prolongées dans les colonnades des Procuratie), créant un bel effet de perspective. Le pavement fut refait en 1893 sur le même dessin, et on y a signalé les puits comblés, encore visibles si on y prête attention ("pozzo interato", avec les cercles de l'emplacement du puits, près du Florian par exemple).

03 L'aile Napoléonienne. C'est en fait la construction la plus récente de la place. En 1797, Venise est occupée par les Français de Napoléon qui signe l'arrêt de mort de la République. L’église San Geminiano, déjà déménagée quelques siècles plus tôt (elle se trouvait au milieu), est détruite en 1810 pour être remplacée par les appartements du gendre de Napoléon, Eugène de Beauharnais (couronné roi d'Italie en mai 1805). Ni l'un ni l'autre ne le virent, il ne fut terminé qu'en 1836 sous l'occupation autrichienne, mais le bâtiment a gardé le nom "d’aile Napoléon”, rejoint les deux Procuratie de manière très cohérente.

De style classique, son fronton est orné en haut de 14 statues d'empereurs, et de frises néo classiques (admirer aussi les sculptures courbes des arches).


L’intérieur abrita, de 1810 à 1814, les appartements du prince d’Italie. Le mobilier est de style napoléonien, des peintures figurent les «hauts faits les plus glorieux de Sa Majesté impériale et royale». De 1815 à 1866, période de l’occupation de l’Empire austro-hongrois, cette aile fut la résidence du gouverneur autrichien des Provinces Vénètes.

04 La Piazza autrement : La plaque de San Geminiano. Au milieu de ce passage, la plaque noire au sol signale l'ancien emplacement de l'église et son plan gravé.


05 Les Procuratie Vecchie. Elles s'étendent sur 150 mètres de long et 3 étages, avec au rez-de-chaussée, 50 arcades, puis 100 au premier étage (colonnes ioniques), et encore 100 au second. Existant déjà au 12ème siècle et détruites par un incendie, elles sont reconstruites par l'architecte florentin Mauro Codussi, qui se réfugia à Venise après le sac de Rome par Charles Quint en 1527, et devint un architecte prolifique et estimé. Tout le 16ème siècle fut nécessaire pour les terminer !. Elles ont abrité les 9 Procurateurs (administrateurs), les personnels et bureaux de l'administration. Habitant sur place, nommés à vie, leur influence est grandissime, au départ concentrée sur la maintenance de la place, ses bâtiments et surtout de la Basilique (sauf le Palais des Doges). Puis ils eurent en charge le Trésor.

Avec les innombrables affaires juridiques, maritimes, industrielles, commerciales, il fallait bien une nuée de fonctionnaires. Venise a toujours été paperassière (et ses archives se comptent par dizaines de tonnes), gage aussi de la démocratie et de la paix intérieure.


06 La Piazza autrement : L'axe de la Basilique. Non, la Basilique n'est pas dans l'axe de la place. Alors où se trouve cet axe ? Il est en réalité bien défini quelque part.

Pour le trouver, on part de l'aile napoléonienne, sous les arcades, jusqu'au portique de l'Arco Celesto non loin. Il donne sur le bassin Orseolo, où des centaines de touristes attendent les dizaines de gondoliers pour faire un tour dans les canaux.

Mais on reste au début de l'Arco en scrutant le sol de marbre entre les deux colonnes extérieures. Quelques mètres derrière sous l'arcade, au centre de la dalle de marbre blanc, on aperçoit un médaillon en laiton jaune totalement insignifiant au milieu des chewing-gums.

Si du médaillon on regarde le milieu du porche d'entrée, on voit la Basilique parfaitement perpendiculaire à cette direction.

On poursuit en léchant les riches vitrines sous les arcades, et on passe le grand café Quadri, le concurrent face au Florian depuis le 17ème siècle. Ces cafés appelés autrefois «boutiques de café» ouvrirent à la fin du 17ème siècle. Le café est d’abord commercialisé comme médicament, et déjà utilisé par les Turcs pour ne pas s’endormir. Mais il devient rapidement une boisson à succès, et aussi un objet taxé par le Sénat. Ces cafés ont été fréquentés par une clientèle aussi élégante que renommée.


07 La Tour de l'Horloge. Au bout, on trouve la fameuse Tour de l'Horloge. Haute de 32 mètres, c'est une œuvre de Mauro Codussi à la fin du 15ème siècle dans le cadre du réaménagement de la Piazza.

En 1496, Venise, maîtresse de la Terre ferme, perd progressivement son emprise sur le commerce maritime en Orient face aux assaillants ottomans. Ce déclin entraîne moins de ressources financières. Mauro Codussi encore lui est choisi et fait entrer l'architecture Renaissance à Venise. La tour devient alors porte monumentale, entrée symbolique de la ville, passage obligé pour aller jusqu’au pont du Rialto, le centre économique de Venise.

Dotée d’une horloge monumentale, véritable événement à l’époque, elle est aussi un calendrier de référence pour tous les marchands qui passent par Venise. Symbole du commerce actif de Venise, elle est copiée, à partir du 16ème siècle, par toutes les villes conquises de la Terre ferme.

C’est la seule horloge à posséder trois cadrans : deux à l’extérieur, l’un donne sur la place, l’autre donne sur la Merceria située derrière la tour. Le troisième est un cadran de contrôle qui se trouve à l’intérieur de l’édifice, éclairé par les petites fenêtres rondes situées aux quatre angles. L'horloge est dotée de deux mécanismes de mouvements régis par des poids. Le premier sert au cadran circulaire et aux heures au-dessus. L'autre actionne les deux Maures au sommet qui frappent la cloche.

Le grand cadran rond, en marbre doré, fixe, montre les 24 heures de la journée.

La grande aiguille, unique, dont l'extrémité est un visage humain dans un soleil rond, fournit l'heure au cadran. Plus au centre, on voit les signes du Zodiaque correspondant aux mois.

Viennent ensuite la Lune et sa phase à ce moment (ce jour-là affichant la pleine lune), tournant autour de la Terre (immobile au centre, la norme depuis Ptolémée jusqu'au 15ème siècle), sur un fond d'étoiles

Au-dessus du cadran, la statue d’une Vierge à l’Enfant entourée, à gauche, par des chiffres romains qui marquent les heures et, à droite, par des chiffres arabes qui égrènent les minutes par tranche de 5. Là aussi, c’est le mécanisme du mouvement qui actionne les chiffres ainsi que les statues mécaniques en bois des Rois Mages (visibles sur l'image précédentes).


Les jours de l’Ascension et de l’Épiphanie, ils sont précédés de l’ange Gabriel qui défile devant la Vierge.

Au-dessus de l’ensemble, le lion ailé de Saint Marc trône sur un fond étoilé. Et on remarque du même coup que le lion ailé, qui est le symbole de la Cité, et par là-même du pouvoir politique, domine l’Église, incarnée par la statue de la Vierge, et, la connaissance scientifique, imagée par le cadran.

Le mécanisme de l’horloge actuel date de 1757. Mais, en 1916, la ville, décrétant le couvre-feu, désactive le mécanisme de sonnerie qui ne sera réactivé qu’en 2001 par Piaget.

Tout en haut, la cloche avec les deux Maures de 3m de haut. A droite le Barbu, et à gauche, le Jeune. On appelle l'horloge aussi la tour des Maures.

La Tour de l’Horloge a connu des modifications architecturales. Pietro Lombardo, l’un des grands artistes vénitiens du début de la Renaissance a rajouté les deux façades latérales. Et au 18ème siècle, on a rehaussé les ailes de deux étages avec balcon, un peu en retrait, pour être au niveau des Procuratie et on a placé huit colonnes qui ornent les portiques du rez-de-chaussée (pour être en cohérence avec les arcades des Procuratie).

Une rénovation complète de l'intérieur fut engagée de 1996 à 2006, avec l'aide de la maison Piaget, qui a automatisé la remontée des poids (toutes les 12 heures, depuis 1499, il fallait le faire à la main, grâce à des artisans habitant dans la tour même !)

Pour en savoir encore beaucoup plus, consulter l'excellente page web de Venisejetaime

08 La Piazza autrement : La vieille au mortier. Passer sous l'horloge dans les Mercerie (rues commerçantes où se pressent les touristes), et s'arrêter au bout de 10 mètres avant de se retourner.

On peut voir l'autre horloge de la tour, mais aussi, sur la droite et en hauteur un curieux haut relief sous une fenêtre. Il rappelle l'étonnante histoire qui a peut-être changé la destinée de Venise.

En 1310 un certain Baiamonte Tiepolo fomente une insurrection contre le Doge (ce n'est ni la première ni la dernière). Eventée, elle se termine dans le sang, les insurgés fuient la Pïazza. Une femme, entendant le vacarme, ouvre sa fenêtre et jette son mortier à piler le grain sur le capitaine des conjurés.

Il meurt, c'est la débandade. En reconnaissance le Doge lui accorde gratuitement son appartement jusqu'à la mort.

On trouvera cette histoire complète sur le site web à la page La vieille au mortier


09 Le côté nord de la Basilique. C'est la piazzetta dei Leoncini (des "petits" lions assez grotesques, trônent sur des socles au milieu), où il fait bon manger un panino (elle est à l'ombre l'après-midi).



Noter que cette façade n'a jamais suscité un grand intérêt. Elle est agrémentée de belles colonnades, d'un grand porche et de marbres multicolores. A noter, au fond sur la droite la Porta dei Fiori, surmontée d'une belle Vierge à l'enfant.


10 Les Procuratie Nuove. Commencées par Sansovino, puis Vicenzo Scamozzi au milieu du 16ème siècle, elle ne sont terminées qu'en 1640 par Baldassare Longhena.

L'essor de Venise demandait une énorme administration, les Vecchie ne suffisaient plus. Elles abritent aujourd'hui le musée Correr, le musée archéologique, une pinacothèque et les appartements napoléoniens.

11 La Piazza autrement : Le Café Florian. C'est sous les arcades que l'on trouve le fameux café Florian. Fondé en 1720 par Floriano Francesconi, c'est le plus ancien café d'Italie, fréquenté par Goldoni, Canova, Goethe, Musset et George Sand, Wagner, Proust, Balzac, Giono, Henry James, Hemingway et bien d'autres célébrités.

Les quatre petites salles, réalisées en 1858, évoquent un atrium grec, un fumoir Renaissance, un salon mauresque et un salon Pompadour, à travers une riche ornementation de guirlandes, de bouquets de fleurs, et de figures d’Arabes, de Turcs et de Chinois.

En soi le café provient d'Ethiopie bien avant notre ère, utilisé comme décoction et aliment, et aussi pour appeler les esprits, à Kaffa. Il passe au Yémen au 5ème siècle, par le port de Moka (on le nomme K'hawa).

Le café est d’abord commercialisé comme médicament pour ne pas s’endormir. Mais il deviendra rapidement une boisson à succès, et aussi un objet taxé par le Sénat.

L'empire musulman l'exporte ensuite partout. En 1583 un médecin allemand le recommande pour les maux d'estomac.


L'ambassadeur Morosini le signale à la Seigneurie de Venise et le sens des affaires fait le reste. Le café arrive en 1600 en Europe avec des bateaux vénitiens.

12 La façade principale de la Basilique. Probablement le point d'orgue de la Piazza. Les mosaïques (sauf celle de gauche) datent du début du 17ème siècle, elles racontent la translation de Marc depuis l'Egypte à Venise.

Note : une description bien plus complète se trouve à la page du site L'arrivée de Saint Marc à Venise . On se limitera, faute de place, à quelques photos et explications. Comme déjà dit, ne pas venir après 9h30 ! Examen de droite à gauche.

13 Première mosaïque (chapelle Zen derrière) : l'enlèvement de Marc depuis Bucoles près d'Alexandrie, par deux marins vénitiens envoyés par le Doge Partecipazio. Sur la coupole à droite, ils extirpent le corps de la crypte et le remplacent par celui d'un Saint Claude peu connu, devant les yeux horrifiés du curé. Rusés, ils mettent le corps dans une corbeille (ou une charrette ?) et l'emmènent au bateau en le recouvrant de viande de porc. Sous leur airs benêts, ils montrent ça aux douaniers musulmans qui se pincent le nez, reculent, et hurlent "Kanzir! Kanzir!" ("horreur horreur!"). Du coup ils les laissent passer … A gauche au plafond, ils embarquent contents de leur bon tour.

14 Portail de Saint Clément : Sur la voûte à droite, le bateau s'apprête à accoster devant le Bacino. La lunette montre le débarquement de Saint Marc devant les édiles religieux (le Doge et le Sénat ont grincé car c'est faux, mais ils se sont rattrapés plus loin). A gauche dans la voûte, le corps dans un linge blanc est emporté en procession, les autorités ecclésiastiques forment le cortège, la populace est saisie. En tous cas c'est la victoire sur Aquilée qui revendiquait Saint Marc (il y était passé au 5ème siècle), et un franc pied de nez à Rome.

15 Portail de Saint Pierre (à gauche du portail central) : la revanche du Doge, qui au centre reçoit les reliques de Marc posé sur un banc sous un grand drap bleu. Le Doge a enlevé son bonnet ducal, la noblesse et le peuple autour sont à genoux (on a mis quelques ecclésiastiques). On finit alors la Basilique (832), mais un énorme incendie (pendant une émeute) ravage tout le quartier en 976. Vers 1062 l'évêque Contarini reconstruit une Basilique au-dessus de l'ancienne (devenue la crypte) mais en 1063 les reliques sont perdues dans le chantier ! Elles seront miraculeusement retrouvées, 30 ans plus tard, dans le pilastre droit du transept de l'église ancienne le 25 juin 1094.

16 Portail de Saint Alipe (tout à droite). Transport du Saint en procession dans la Basilique. Elle est la seule mosaïque à appartenir à la décoration d’origine en 1240, qui donne donc avec précision sa structure à cette époque. Les mosaïques des autres portails datent de 1617-1618. Noter que les colonnes (il y en a plus de 700 pour la Basilique en tout dont 300 environ sur la façade) sont des prises de guerre provenant de Constantinople en 1204 (ainsi que les plaques de marbre; l'ancienne Basilique n'avait pas cette décoration luxueuse).


17 Le portail central. La lunette de mosaïque ne date que du 19ème siècle (une rénovation complète était devenue nécessaire). Mais les colonnes, et les ornements qui les accompagnent datent de la dernière Basilique, vers 1240.

Près de 40 colonnes servent d'appui à 5 arches en relief, ce qui rend minuscule la porte d'entrée principale. Sur ces arches sont sculptées nombre d'illustrations chrétiennes ou païennes. Sont représentées les Vertus, mais aussi les mois et les signes du Zodiaque. L'arc touchant la mosaïque est sculpté des métiers exercés à Venise à l'époque.

On nomme la mosaïque de la lunette le Jugement Dernier, d'autres le Christ en Gloire, (c'est peut-être les deux), mais ce Jugement-là ne vaut pas celui de Torcello, loin de là. D'autres décorations florales ou animales remplissent l'espace et les arches, d'une grande finesse et d'une grande complexité.

Initialement la Basilique était romane, en briques, et ne possédait que 2 étages. Mais les reconstructions, les stocks de marbre rapportés de Byzance avec les chevaux et les colonnes, puis la pose des coupoles, et enfin les travaux de rehaussement firent qu'il fallait agrémenter cette façade en hauteur. D'où l'arrivée des frises au-dessus, des lunettes, et des clochetons, le tout en gothique (on est en plein 15ème siècle).

18 Dans les étages. On peut maintenant revoir la façade principale en regardant le premier étage et plus haut. Au-dessus des niches, on trouvera d'autres mosaïques dans les 4 lunettes. Le style en définitive très hétéroclite de la façade n'apparait pas de façon évidente, il est largement compensé par l'harmonie des matériaux et l'exubérance des ornements.

On en oublie les courbes romanes avec les anges gothiques, les colonnes du 7ème siècle avec les clochetons baroques ! Au centre, on a la porte permettant de sortir de la Basilique sur le balcon.

Au-dessus, une ornementation baroque avec le Lion ailé devant un ciel étoilé, et des anges aux ailes d'or qui mènent à la statue de … Marc.

A gauche, la Descente aux Limbes et la Descente de la Croix. Le matin elles sont à l'ombre et semblent ternes.

A droite, on verra : l'Ascension, la Résurrection. Revenir en fin d'après-midi pour les voir briller.

19 La Piazza autrement : les Chevaux de Saint Marc. Au balcon les 4 superbes chevaux en cuivre doré et rayé au ciseau (bon, les originaux sont depuis 1981 tout près dans le musée). Ces copies ont été déjà restaurées 2 fois. Les chevaux furent exécutés (dit-on) au 4ème siècle avjc par Lysippe à Rhodes pour Alexandre le Grand, on les retrouve en Arménie, puis à Rome (douteux) et bien plus tard à Byzance sur les tours de l'hippodrome. Rapportés à Venise comme butin en 1204, ils sont installés en 1254. En 1797, Napoléon emporte les chevaux à Paris. Il les fait installer sur l'Arc de Triomphe du Carrousel. En 1815 (Waterloo) et la chute de Napoléon, les chevaux sont rendus à Venise par les Autrichiens. Au Carrousel on y met (aussi) des copies.

20 La Piazza autrement : Les mâts des conquêtes. Remarquer les trois poteaux devant sur la Piazza. Ces mâts ont longtemps servi à signifier une fois pour toutes à tous les visiteurs et à tous les peuples soumis par Venise, que le pouvoir était ici. Ces mâts arboraient les drapeaux des trois plus importantes conquêtes de Venise au fil des âges. On notera les socles en bronze en 1505 par Alessandro Leopardi (copiés sur Antonio Lombardi). Ces drapeaux rappelaient : Candie (Crète, 1204, jusqu'en 1648 sauf 3 villes jusque fin 17ème), La Morée (Péloponnèse, jusqu'en 1715), et Chypre (1489, jusqu'en 1571).

Inutile de préciser que ce sont les Turcs qui ont envahi ces terres après des siècles de guerres sur terre et sur mer.

21 La façade sud de la Basilique. Cette partie est richement ornée, car elle donne sur la fameuse Porta della Carta, qui servait d'entrée et sortie du Doge et des Sénateurs, du Palais. Très richement même, ce qui nous conduira à restreindre le nombre de choses à voir, car elle rassemble de manière un peu hétéroclite des dizaines de parties différentes.

22 La Piazza autrement : La tête de Carmagnole. Au coin des deux façades ouest et sud, lever les yeux jusqu'au balcon. On peut voir au coin la tête (petite) en porphyre rouge du Carmagnole. (flèche)

Francesco Bussone, né en 1382 à Carmagnola d'où son surnom, féroce condottiere, libéra d'abord Milan pour les Visconti. Il se maria avec Antonia Visconti et devint comte de Castelnuovo, mais après des accusations, il doit s'enfuir, et finalement il part pour Venise en 1424.

Venise l'embauche comme condottiere (mercenaire), il bat alors les Milanais en 1427.

Mais de nouvelles rumeurs le rendent suspect aux yeux de la Sérénissime pour son manque d'ardeur.

Il part de nouveau en exil. En 1432, Venise la perfide le rappelle, il y revient sans se douter de la suite mais on le condamne à mort. Deux fois suspect, mais une seule fois sauvé. Mais plus tard Venise reconnaîtra son erreur.

A cet endroit, on exposait les têtes des traîtres à la République pendant 72 heures pour dissuader d'autres séditieux. Le Carmagnole est aussi au bas du campanile de l'église San Polo, voir l'itinéraire San Polo Santa Croce (1) sur le site web.

23 La Pïazza autrement : La pierre du Ban. Au coin de la Basilique, une colonne basse en porphyre sans envergure servait à annoncer les nouveaux décrets prononcés par le Sénat et le Doge. A comparer avec l'autre pierre du ban du "Bossu du Rialto" en face de l'église San Giacomo (voir le point 13 de la balade Autour du Rialto Ouest sur le site web).

Mon italien de débutant m'a permis d'apprendre un nombre colossal d'informations qu'on voit très rarement ailleurs. Je remercie les auteurs de Veneziamuseo.it pour leur compétence unique.

Cette pierre sauva peut-être la Basilique en juillet 1902, lorsqu'un "énorme" bloc de marbre tomba du campanile en train de s'écrouler, et roula vers la Basilique. Il rencontra par miracle la pierre du ban et fut bloqué là, à un mètre donc des colonnes soutenant le coin droit de la Basilique. (Je n'ai pas retrouvé la photo …) Parmi celles visibles sur le net, j'en ai choisi une, petite, provenant de l'incroyable site VENEZIAMUSEO.IT, qui, en dialecte vénitien, donne des milliers d'informations sur la ville et ses monuments.

24 La Piazza autrement : Les pilastres d'Acre. On peut distinguer, séparés de la façade, deux piliers, pas très grands et aux chapiteaux carrés. Ils sont très finement sculptés de motifs byzantins. Ils ont bien voyagé : d'abord en Syrie au 6ème siècle, ils atterrissent à Acre, mais ce n'est pas fini. Pendant la 7ème croisade de Saint Louis, Les Egyptiens et les Occidentaux se prennent et se reprennent les places fortes comme Acre, Damiette, Damas ou Alep. Et les Croisés s'entretuent aussi pour régler des comptes purement européens (emprise maritime commerciale au Moyen-Orient, comptoirs orientaux exclusifs ou non, etc.).

Les Génois saccagent la flotte vénitienne à St Jean d’Acre. Venise riposte violemment avec Lorenzo Tiepolo en 1256. On rapporte entre autres butins ces 2 pilastres du temple de Saint Saba d'Acre. En 1258, la reprise de la guerre avec Gênes voit Venise vainqueur, le quartier génois est rasé à Acre.



25 La Piazza autrement : les Tétrarques. Ce groupe en porphyre rouge d'Egypte se trouve placé presque par hasard à l’angle de la chapelle du trésor de Saint-Marc, près de la porte de la Carta. Il a été ramené comme tant d'autres butins de Constantinople en 1204.

Ils sont en armures mais se font un geste de paix.

Ils représentent, en deux couples mais non différenciés car les têtes sont semblables, les 4 empereurs romains désignés par Dioclétien en l'an 293 (ou 308 ??) pour gouverner les nouveaux empires d'orient et d'occident (un Auguste et un César par entité).

On ne connaît pas leur nom, certains avancent ceux de Dioclétien, Maximilien, Valérien et Constance (mari de Hélène et père de Constantin premier empereur catholique). La pratique cessa avec Constantin en 306. Ce sont des copies, les originaux assez abimés sont dans la Basilique. Leur style un peu lourd et loin du classique grec ou romain d'avant (et en même temps très moderne à nos yeux aujourd'hui) préfigure la déchéance des compétences en matière de sculpture au 4ème siècle, et préfigure l'art roman.

26 La Piazza autrement : la Porta della Carta. Située contre la Basilique, c'est la porte qui donne sur la cour du Palais des Doges.

Elle est un exemple (rare) de la mégalomanie de certains Doges, normalement réprimée fermement par le Sénat ou le Conseil des Dix. La richesse de certains Doges permettait néanmoins d'affirmer leur pouvoir par des passe-droit coûteux où ils apparaissaient, en général accompagnés du Lion ou de Marc. Mais par exemple, aucun Doge n'a pu mettre sa statue sur une place de Venise.

Elle est construite en 1438, par les architectes Bon (Giovanni et ses fils Pantaleone et Bartolomeo). Juste après qu'ils eussent terminé la façade ouest donnant sur la Piazzetta. Elle a presque échappé aux destructions napoléoniennes.

Cette reproduction est du 20ème siècle (original en gothique fleuri détruit les Français en 1797, sauf le Doge et le lion !). Invisible sur cette photo sauf à l'agrandir, l'architrave (le linteau horizontal de la porte) comporte la signature gravée OPUS BARTOLOMEO BON. On y voit Saint Marc 2 fois : dans le médaillon central, et avec le Lion ailé devant le Doge Francesco Foscari agenouillé. La porte servait aux dignitaires, mais surtout au départ glorieux de la procession solennelle du Doge. Son nom (porte du papier) vient de ce que c'est ici que s'affichaient les décisions du Sénat, et que les scribes attendaient. On y voit de part et d'autre les statues des 4 vertus cardinales : en bas Force et Tempérance de l'artiste dalmate Giorgio da Sebenico (de Sibenic), en haut Foi et Charité.

27 La Piazzetta. Elle fait l'angle avec la Piazza et longe le Palais des Doges. Initialement un bassin pour les bateaux, elle est comblée au 12ème siècle, avec la construction du nouveau Palais. Andrea Tirali qui refait le pavement de la Piazza au début du 18ème siècle, en profite pour refaire aussi la Piazzetta, avec un rehaussement perceptible mais nécessaire (citerne au-dessous).

La Piazzetta permet de voir la façade du Palais des Doges, les chapiteaux de la colonnade, le campanile, la bibliothèque Marciana, les deux colonnes aux emblèmes de la ville. De quoi y passer du temps. Par où commencer ?

28 La Piazza autrement : les colonnes de la Piazzetta. De retour de croisade au moyen orient en 1122, le Doge Domenico Michiel rapporte au passage (c'est l'habitude) trois colonnes de marbre de Césarée. Le débarquement au Bacino fut compliqué et une colonne disparut dans l'eau et ne fut jamais remontée. Les 2 autres restèrent là pendant 50 ans, on ne savait pas comment les redresser. Mais Nicolo Lombardo, un architecte lombard, était venu rehausser le campanile avec la cellule des cloches en utilisant d'ingénieux systèmes de poulies, et de contrepoids pour monter les matériaux en haut. En 1172 il propose ingénieusement d'attacher depuis les hauteurs de grosses cordes aux bouts des colonnes.

29 La Piazza autrement : Redresser les colonnes. Une fois tendues très fort, on asperge les cordes d'eau : leur diamètre augmente et leur longueur raccourcit : elles soulèvent alors les colonnes de quelques centimètres. On y pose des cales, et on recommence l'opération jusqu'à ce que les colonnes soient redressées. Cela marcha en effet, et Lombardo (renommé Barattiero qui signifie "troc") eut la permission du Doge Sebastiano Ziani d'ouvrir son cercle de jeu juste entre les colonnes levées, bien que les jeux fussent interdits. Plus tard, excédé mais roublard, le Sénat décida que les Nobles condamnés y soient exécutés. On décida ensuite d'y exposer les cadavres, et du coup la pratique du jeu cessa faute de clients.

Les deux colonnes ont été placées sur de lourds socles octogonaux.

30 La Piazza autrement : Théodore et le dragon. Le premier Saint protecteur de Venise est un officier byzantin d'origine grecque, né en 270, converti, et prêchant la conversion. Il incendia le temple romain de Cybèle. Dioclétien le fit arrêter à Amasée (dans la province du Pont en Asie mineure). Il eut la tête tranchée en novembre 301. Il fait partie des Saints Guerriers, avec Saint Georges et Saint Dimitri qui ont aussi transpercé un dragon. Il avait sa chapelle jusqu'en 824 sur l'emplacement de l'actuelle Basilique. Il est monté sur la colonne en 1329. Les originaux sont dans la cour du Palais (c'est un ensemble hétéroclite d'éléments grecs, romains et du moyen-âge).

La tête semble venir de Paros (autres versions : roi perse ?, Mithridate ?, ou pharaon des Ptolémée ?). Le corps semble être un Saint Georges (romain ? fabriqué en Lombardie au 14 ou 15ème siècle ?).

On y a ajouté des bouts manquants de diverses origines. Quant au dragon il est juste risible.

La copie ici est d'une seule pièce. Mais Venise a conservé une nostalgie de Théodore (Todaro). Une autre statue de Théodore en pied se trouve au Campo Santa Margherita. Et au campo San Salvador il y a toujours la Scuola Grande di San Teodoro, créée en 1258, dont Giuseppe Sardi a fait la superbe façade de marbre en 1655 (reconstruite en 1960, elle organise des concerts appréciés).

31 La Piazza autrement : Le Lion sur sa colonne. L'autre colonne est occupée par un imposant Lion de Saint Marc qui n'a rien à envier à Théodore à côté en termes de bizarreries et de versions historiques, et qui lui tourne le dos. Depuis 828 date de la translation de Saint Marc depuis l'Egypte, il est le Saint protecteur de Venise, et on le trouve non seulement partout dans la ville, mais aussi partout dans les régions que Venise a conquises, de l'Italie à la Turquie.

On dit qu'il date du 4ème siècle, sculpté par un Grec de Tarsus en Cilicie d'origine sassanide (d'autres du 6ème avjc, style étrusque, ou même chinois vu sa tête ébouriffée). On dit aussi que c'est un hybride de lion et de griffon. Comme Théodore, il a été construit de bric et de broc à partir d'une statue de bronze. On lui a mis des ailes. Sa patte droite n'est pas levée comme d'habitude (normalement posée sur la tranche de la bible placée verticalement comme à l'Horloge derrière !).

L'évangile de Marc, à plat, qu'il tient sous sa patte a remplacé celui (volé ??) qui existait avant que Napoléon ne l'emportât à Paris. Ensuite les Autrichiens le firent revenir.

31 Le campanile. Evidemment on ne peut pas le rater, mais sa vie ne fut vraiment pas facile. Cette tour lombarde, carrée et austère avec ses longues lésènes (bandes lombardes verticales, en creux ou en relief du mur), est commencée en 888 et sert aussi de tour de guet. En 1080 elle s'écroule et on la refait à côté. On construisit (voir plus haut) la cellule (loggia) des cloches, à la fin du 12ème siècle. En 1489 un gros incendie l'endommage gravement.

32 La Piazza autrement : l'écroulement. Après un gros tremblement de terre en 1511, de gros travaux le restaurent, en style Renaissance, avec plus haut une partie pleine avec le Lion et l'allégorie de la Justice, et enfin en 1513, son toit pointu en cuivre surmonté d'une girouette en bois doré en forme d'ange (Gabriel a priori). Il fait un peu moins de 100 mètres de haut.

Et le 14 juillet 1902 à 9h53, après des signes avant-coureurs pas rassurants, qui permettent d'éloigner les gens, la tour s'écroule en 10 secondes et forme une pyramide de gravas.

Elle n'atteint pas la Basilique (voir plus haut) mais endommage un peu la Marciana tout près qui est vite réparée. Quant au campanile, après quelques voix et une polémique contre sa reconstruction, elle est reconstruite (avec un ascenseur !) à l'identique et inaugurée en 1912. (photo Le Figaro sous licence CC Antonio di Paoli).

33 La Piazza autrement : la Loggetta de Sansovino. Visitez-la tôt le matin pour pouvoir monter tranquillement au sommet inoubliable. Cette photo, tirée de mon site favori de mes amis du Campiello montre bien qu'il faut venir tôt (plus clair, et sans queue).

Reconstruite elle aussi en 1905, ce petit arc de triomphe devant l'entrée du campanile, le décore magnifiquement. Il existait avant 1540 une "loggia des chevaliers" devant le campanile où se rencontraient déjà les personnalités vénitiennes et étrangères. En 1489 lors du coup de foudre, elle fut gravement atteinte et fut désertée. Mais en 1540 on décide de la recréer. Sansovino en fit les plans pour un vrai joyau de la Renaissance inaugurée en 1549.

Son escalier, la façade majestueuse, les statues de bronze qui la décorent, les balustrades, tout dans la Loggetta montre l'art vénitien exceptionnel. (plus d'infos : consulter la page web de Cosmovisions ). Les arcades corinthiennes sont séparées par des niches renfermant des statues de bronze païennes et non religieuses (Minerve, Appolon, Mercure et la Paix). On compléta la Loggetta avec la balustrade, la terrasse et les autres statues.

Remarquer aussi l'usage des marbres de couleur blanche et de couleur rose qui mettent en valeur chaque élément du bâtiment.


34 La Piazza autrement : du haut du campanile. Des 5 cloches (attention, elles sonnent très fort !), la plus grosse (la Marengona) sonnait le début et la fin du travail pour les Marangoni (charpentiers de l'arsenal). Elle ne fut pas détruite lors de l'écroulement du campanile. La petite servait à annoncer les exécutions (la "Maleficio"). La Trottera convoquait au Palais (les sénateurs devaient ""trotter", se dépêcher pour être à l'heure). Pour un panorama complet (24 photos et 230 indications précises de monuments vus du campanile), aller à la page web du site : 360 degrés autour du campanile. On en donne 4 ci-après : dômes de la Basilique, Redentore, Salute, Bovolo.

35 Les façades extérieures du Palais des Doges. En fait il y en a deux visibles, une donnant sur Riva degli Schiavoni (le Bacino), c'est la plus ancienne. L'autre fait face au campanile et à la bibliothèque Marciana, elle a été rallongée plus tard en face de la Marciana. Malgré les styles et les époques très différentes de styles (byzantin, roman, lombard, gothique flamboyant, Renaissance, classique, néoclassique, etc) et de constructions (brique, granit, marbre ou pierre d'Istrie, mosaïque, porphyre, tous ces bâtiments sont en totale harmonie. C'est sans doute le plus grand charme de Venise : même s'il traîne des fils et des tuyaux partout sur les murs, il n'y a pas de HLM ou d'éolienne pour vous frapper au visage, et ces vieilleries sont d'un charme absolu

L'histoire du Palais est aussi compliquée que tous les autres bâtiments de Venise : au début en 814 ce ne fut qu'un modeste fortin, augmenté de remparts pour tenir la place convoitée par les Lombards, les Génois, etc. Il brûla une fois en 976 (avec tout le quartier lors d'une révolte), puis en 1106. Venise devenant une place diplomatique reconnue, le palais s'agrandit et s'embellit.

A la fin du 13ème siècle, le Conseil double quasiment de nombre et on décide de refaire l'intérieur pour accueillir tout ce monde.


La salle du Grand Conseil est refaite en 1340 sous le dogat de Bartolomeo Gradenigo, par Pietro Baseggio et Filippo Calendario. L'un mourut, l'autre fut décapité pour complicité avec le Doge Marin Faliero ayant fomenté une révolution. Les travaux se terminèrent en 1365. Le Grand Conseil se réunit pour la première fois fin juillet 1419.

Ce qu'on voit aujourd'hui est terminé au 16ème siècle (les façades font 71 et 75 mètres).

On y trouve un mélange unique des styles byzantin et gothique : byzantin pour les murs en briques et pierres en quinconce aux motifs à damiers, et pour la frise sommitale en crénelages inspirée des palais de Constantinople ; gothique, avec les fenêtres, loggias, et ses 36 piliers de la base aux chapiteaux très décorés (voir plus loin), avec au-dessus 72 colonnes lègères aux arcades ogivales terminées par des quadrilobes aériens. A chaque angle du palais au niveau des quadrilobes, on verra (si on peut, difficile du bas) les 3 archanges : Gabriel (Justice et gouvernement, à la Carta), Michel (Guerre, au-dessus d'Adam) et Raphaël avec Tobie (Charité, au-dessus de Noé).

Au-dessus, ce sont les appartements du Doge, avec cette grande loggia de Sansovino en 1536 (1537 ?), inspirée de celle de l'autre façade, avec au-dessus le Lion devant le Doge Andrea Gritti agenouillé (mais ce qu'on voit date de 1897).

Après les problèmes financiers dus aux guerres et au commerce déclinant, le Doge Foscari relance des travaux pour terminer cette façade en 1424 (Giovanni Bon et ses 2 fils).

36 La Piazza autrement : La façade ouest. Au coin du palais, le Jugement de Salomon. Entre les 2 piliers de granit rose du premier étage, apparaissait le Doge, et on annonçait aussi les exécutions capitales. Les grandes fenêtres éclairent à gauche la Salle du Scrutin, et pour un tiers à doite, la salle du Grand Conseil (il y avait presque 2000 membres du Conseil à une époque !). , pense-t-on, fut réalisée par Sansovino après 1523 sous le dogat d'Andrea Gritti. Les statues dans les niches (Neptune, Mars, et une Justice refaite, sont réalisées par les élèves de Sansovino. Alessandro Vittoria a réalisé la statue de Venise au sommet (1579).

A l'angle entre les deux façades on peut voir Adam et Eve autour du pommier (le Péché Originel) au-dessus du chapiteau (par Calendario l'architecte initial du palais reconstruit).

37 La façade Sud. Sur l'autre façade on retrouve aussi une loggia donnant sur la mer. Elle est plus ancienne que l'autre et aurait été réalisée par Massegne en 1404. Les oculus au-dessus éclairent un petit étage quasi invisible de l'extérieur, dédié aux bureaux "sensibles" : archives secrètes, espionnage et contre-espionnage (une brilante institution à Venise), bureaux du Conseil des Dix, et autres chambres d'interrogatoire et de torture.

S'y trouvent aussi des prisons, sous le toit en plomb (d'où leur nom, les "Piombi", très chaudes l'été, créées vers 1600). Certaines font 1m20 de hauteur, et donnent plutôt sur la cour intérieure du palais. La hauteur de cet étage est très faible (les plafonds sont très bas et les bureaux tout petits).

On atteint le coin du palais au Ponte della Paglia sur le rio della Canonica. D'abord en bois, il est reconstruit en pierre en 1386, et de nouveau en 1847, il fait la frontière entre les sestiere de San Marco et de Castello. On y débarquait des bottes de paille. Il est plus connu pour agglutiner des milliers de touristes toute la journée pour prendre en photo le fameux Pont des Soupirs qui relie le Palais aux nouvelles prisons (en le traversant les condamnés "soupiraient" de leur malheur). En réalité, un peu comme à la Bastille, il y eut peu de prisonniers au Palais même si les cellules des Pozzi situées au palais étaient vraiment inhumaines (sans fenêtre, basses, humides).

38 La Piazza autrement ; L'ivresse de Noé. L'histoire (Genèse, 9,20-27) a inspiré des dizaines d'artistes, comme Giovanni Bellini en 1515 (au musée de Besançon), ou Michel Ange au plafond de la Chapelle Sixtine. Noé sorti de l'Arche plante une vigne et plus tard boit du vin. Il s'enivre et s'endort tout nu dans sa tente. Le matin Cham son fils le découvre et court le dire à ses deux frères Sem et Japhet. Ceux-ci se détournent et recouvrent d'un manteau la nudité de leur père, mais Cham se moque. Alors, Noé lui crie que son fils Canaan et sa descendance seront maudits et esclaves. Au coin du palais près du pont, on voit Noé tourné vers la mer, la vigne, et les 2 frères Sem et Japhet (œuvre de Calendario).

39 Les chapiteaux du Palais. Pas de gros développement ici, car il existe un livre (Kindle) et une page web du site entièrement dédiés à ces chapiteaux (des piliers du rez-de-chaussée). A noter qu'il faut quelques heures pour un examen approfondi qui en vaut la peine. On a donc 2 fois 18 chapiteaux octogonaux (tous les originaux sont ailleurs), ce qui fait 288 sculptures de scènes variées, de personnages, d'animaux, de têtes, d'objets, etc. Consulter cette page sur le chapiteaux du Palais des Doges avant de les regarder.

40 La bibliothèque Marciana et la Zecca. Face au Palais, la bibliothèque Marciana fait l'angle avec les Procuratie Nuove. C'est Pétrarque qui propose le premier de créer une bibliothèque à Venise. Il ne la verra pas, mais lègue la sienne à la ville. Plus tard, Sansovino (encore lui) est chargé de la construire, de 1537 à 1554. Le bâtiment s'écroule, Sansovino est arrêté. Mais l'Arétin et le Titien lui propose de le réparer à ses frais ! Sansovino meurt et en 1583, Scamozzi le reprend, toujours en style Renaissance. Au sommet il place des héros mythologiques. On y met tous les legs accumulés depuis des siècles par des donateurs réputés, ainsi que des milliers de livres récupérés à Constantinople avant l'invasion des Turcs. En 1603 la Ville impose d'y déposer tout ouvrage publié en Vénétie. Enfin la prise de Venise par Napoléon fait arriver (avant les pillages des églises) tous les ouvrages des établissement religieux de Venise. Au total, plus de 1 million d'ouvrages (dont l'Iliade, le Bréviaire Grimani contenant 110 miniatures flamandes), 13000 manuscrits, 24000 livres du 16ème siècle, et le planisphère de Fra Mauro (la Terre avant Christohe Colomb). Pour couronner le tout, la Marciana est décorée de toiles de Tintoret, du Titien et de Véronèse.

Vu de la mer, sur sa gauche, on voit l'imposant bâtiment de la Zecca, l'hôtel de la Monnaie, qui est aujourd'hui intégrée à la Marciana. Des le début du 12ème siècle, Venise a frappé monnaie dans un bâtiment proche de San Bartolomeo près du Rialto le centre des affaires vénitien. Mais entre 1536 et 1556, Sansovino est chargé de construire un grand bâtiment, accolé à la Marciana, pour administrer et frapper de monnaie : plus de 2 millions de ducats.

41 Les Jardins Royaux (Giardini Reali). Derrière les Procuratie Nuove et le long des embarcadères des Vaporetti, on trouve un joli petit jardin arboré et fleuri de 5500 m2.

C'est Napoléon qui a rasé en 1806 les anciens entrepôts de grains du 14ème siècle qui faisaient tache sous les fenêtres des appartements du Vice-Roi d'Italie. Les arbres y font de l'ombre et des bancs (rares à Venise) permettent de s'y reposer presque dans le calme. Un plan d'eau court le long des Procuratie. Bucoliques et reposants, ces jardins ont été longtemps utilisés par les Vénitiens surtout, les milliers de touristes sur les quais les ignorant totalement pour se presser à toute vitesse vers la Piazza ou vers un bateau.



Mais peu à peu vieillissants (le pont-levis rouillé et dangereux, la maintenance minimale), ils ont été refaits complètement de 2016 à 2020 et ouverts en décembre 2020, grâce à Generali et Venice Garden Foundation (qui en aura la concession pour 20 ans). Les images ci-après montrent les anciens jardins (2015).

FIN DE L'ITINERAIRE LA PIAZZA ... AUTREMENT