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Préambule sur Torcello
(attention les dates et les chiffres varient selon les sources !)
Torcello est une île emblématique de la lagune de Venise. Elle a été habité très tôt, d’abord par des pêcheurs et des saulniers, et à l’époque romaine (vers 100 apjC), les nobles d’Altinum (sur la Terre Ferme) y construisirent des villas spacieuses pour leurs villégiatures d’été (de nombreux vestiges ont été retrouvés, on peut les voir en arrivant à Santa Maria Assunta et au musée). Mais dans les premiers siècles apJC, les hordes de Barbares venus de l’Orient dévastent la Vénétie. En 390 les Goths de Théodose et ensuite les milices d'Alaric détruisent Altinum. Un raz-de-marée vers le 5ème (date non prouvée) dévaste tout.
En 452 cela continue avec Attila qui détruit Aquilée et Altinum et entraine une émigration massive dans les îles de la lagune, en 486 avec Théodoric, en 560 avec les Lombards du roi Albouin, avec des flots de réfugiés emmenant tous leurs biens (jusqu'aux pierres de leurs maisons ou leurs églises). Mais en 638, elle est de nouveau saccagée par les Lombards, la population fuit et on transfère l'évêché à Torcello où on élève la basilique Santa Maria Assunta, avec Eraclée comme capitale du gouvernement byzantin.
Torcello devient un siège important politique et commercial, et vers l’an 1000, la ville compte 20000 habitants (d’autres sources disent 15000, 10000), 15 églises, des tours et des palais. Le commerce fleurit, Torcello est un centre d’échanges commerciaux très important. Mais au 12ème siècle, l'ensablement des canaux empêchent la navigation des gros bateaux, et en plus, les maladies (peste, malaria) condamnent rapidement la ville, surtout avec l'essor fulgurant de Venise à Rivus Altus. Les habitants quittent Torcello en masse, emportant tous leur biens, et milliers de pierres taillées, de marbres et de sculptures. Aujourd’hui Torcello est une ville fantôme, (14 habitants en 2018, un peu plus aujourd’hui avec le tourisme et les champs cultivés, des vergers et des cultures. Il subsiste les deux églises Santa Maria Assunta et Santa Fosca qui ont conservé leur charme byzantin unique, ce qui fait de Torcello une visite incontournable.
On y va depuis Fondamenta Nove avec le VP12 jusqu’à Burano puis le VP9 qui fait la navette avec Torcello à 5 minutes.
En allant à Torcello, l’île célèbre pour son église byzantine aux merveilleuses mosaïques, vous allez croiser sur le chemin un pont sans parapet (comme ils étaient au Moyen-Age). Il a une légende extraordinaire, et même si elle est courte, elle vaut la peine d’être mentionnée.
Le canal de Torcello qui mène de la lagune à Santa Maria Assunta, était utilisé par des Bourguignons qui exploitait le gaz de la lagune. Mais pour aller d’une rive à l(‘autre, il fallait marcher jusqu’au bout du chemin longeant le rio car il n’y avait aucun pont.
Au 13ème siècle, on décida de construire un pont sur le rio, pour relier deux quartiers où les marchands et les palais étaient nombreux. On a des preuves de ces travaux après des fouilles géologiques attestant des fondations du 13ème siècle. Mais problème, personne n’était arrivé à terminer ce pont car il s’écroulait sans arrêt. A peine terminé, il ne résistait pas et tombait dans le rio au bout de quelques jours. On essaya de nouveau mais rien n’y faisait, ce pont tombait systématiquement, et certains commençaient déjà à imaginer l’œuvre du Diable.
On abandonna le projet, jusqu’au 15ème siècle, quand un architecte finit par décider qu’il allait enfin le construire pour de bon. Mais rien à faire, dès le pont terminé, il s’écroulait de nouveau au bout de quelques jours.
Alors, en regardant misérablement les pierres du pont écroulées dans le rio, l’architecte furieux lança ce cri : « je vendrais mon âme au Diable pour réaliser enfin un pont qui dure ! ».
Et alors lui apparurent, au milieu du rio, un vieillard assis sur les pierres, entouré de 6 chats, qui lui dit : « Je connais le secret pour construire ici un pont qui défie le temps... mais, pour que je t’en donne le secret, tu devras signer un pacte avec moi. » .
Après réflexion, l’architecte finit par accepter l’offre du vieillard. Un des chats se précipite sur lui, le griffe et écrit le pacte avec le sang qui coulait de son bras. Il était dit « en échange de mon aide, lorsque le pont sera construit, je prendrai la première âme qui passera dessus ». L’architecte accepta avec une idée derrière la tête, et en vérité, il arriva à terminer son pont rapidement. Un pont d’une grande élégance, élancé, et qui était très robuste malgré sa forme presque impossible à réaliser par un humain tellement il était fin et gracieux.
L’architecte voulant éviter que le Diable sacrifie une personne, s’en alla chercher une brebis pour lui faire traverser le pont, pensant ainsi tromper le Diable et son pacte. Mais il n’eut pas le temps.
En effet au moment où il faisait grimper la brebis sur le pont, sa femme, accourut depuis l’autre rive, passa le pont toute excitée pour lui annoncer que leur enfant allait naître. En effet il naquit, mais mort-né. Le Diable avait pris son âme, conformément au pacte.
Parfois, certains soirs, surtout quand souffle la sinistre bora, le vent glacial venu des montagnes, on entends un nourrisson qui pleure près du pont. Écoutez bien, même les chats vous le diront.
Il existe une autre légende à propos de ce pont, avec des variantes, je vous livre celle trouvée sur le site bonjourvenise.com
La photo des chats ci-dessous provient du journal l'Est Républicain.
Pendant l’occupation de Venise par les Autrichiens au 19ème siècle, une jeune Vénitienne tomba amoureuse d’un officier. Sa famille s’y opposa fermement, mais ils se donnaient rendez-vous encore souvent. Un jour, l’officier ne vint pas et la jeune fille apprit qu’il était décédé. Alors elle dépérit de chagrin. Mais un ami de la famille intervint et demanda l’aide d’une sorcière. Celle-ci fit un pacte avec le Diable, contre la livraison des âmes de 7 enfants chrétiens morts prématurément en échange de l’amour impossible de la jeune fille.
Il n’y avait plus qu’à choisir l’endroit où l’échange aurait lieu : le Diable lui proposa le pont de Torcello, isolé et assez caché. La sorcière dit que le jeune fille devrait venir la voir le soir du 24 décembre.
Cette nuit là, dans le silence, une gondole amena le jeune fille dans l’obscurité. La sorcière les attendait. Elle donna une bougie allumée à la jeune fille, et lui recommanda de ne jamais avoir peur et de suivre sans crainte ses instructions. Elle fit monter la jeune fille sur le pont, puis invoqua les démons.
Le Diable apparut alors et décolla de sous sa langue une petite clé d’or, pris en échange de la monnaie d’or de la jeune fille. Il jeta la clé d’or dans l’eau, où l’ombre du pont se reflète dans le clair de lune.
Dès que la clé eut frappé l’eau, de l’autre côté du pont apparut le jeune officier autrichien. La jeune fille traversa le pont, puis face à son amant, souffla la bougie. Ils furent alors transportés dans un endroit hors du temps et de l’espace où ils purent vivre leur histoire d’amour sans être dérangés.
Mais le Diable voulait être payé. Sept jeunes âmes de bébés mort-nés et non baptisés, tel était le prix convenu pour les services rendus. Le Diable et la sorcière s’entendirent pour la livraison : elle aurait lieu dans la nuit du 31 décembre, dans le voisinage de ce même pont.
Le Diable et la sorcière ne savait pas, cependant, qu’ils étaient espionnés : accroupi derrière un buisson un jeune homme écouta le pacte et voulut sauver la vie des sept enfants. Il suivit la sorcière jusqu’à sa maison et mit le feu à sa cabane de bois, tuant la sorcière
Le Diable, qui ignorait cela, se rendit le 31 Décembre au pont de Torcello, comme convenu, et attendit en vain son chargement d’âmes chrétiennes.
Depuis lors, chaque fin d’année, un chat noir monte sur le pont de Torcello, en attendant que la vieille sorcière vienne lui porter les sept âmes d’enfants chrétiens comme promis … mais personne n’est jamais venu. Tapis dans les fourrés alentours, les chats de Torcello veillent à ce que le Diable reparte bien bredouille.
Pour finir signalons que le pont a été restauré en 2009, en supprimant aussi les parapets rajoutés au 19ème siècle pour qu’il retrouve son apparence d’origine.