Guide en images des églises de Venise

San Trovaso (Dorsoduro)

Histoire

Commençons par l'incroyable : si on peut admettre que l'église Zanipolo est une contraction de Giovanni et de Paolo, que celle de San Stae provient de Eustacio, que celle de San Canzian englobe dans son nom 2 Saints et une Martyre de noms semblables, il est difficile d'imaginer que Trovaso est un raccourci vénitien pour Gervasio et Protasio (Saint Gervais et Saint Protais en français), et encore plus pourquoi ces gémeaux ont été choisis pour être les patrons de cette église. D'autant plus que leurs reliques se trouvent à Milan depuis l'an 386 (bon, leur père était Saint Vidal, que l'on retrouve sur le Campo San Stefano).

On pense que la toute première chapelle date de la création de Venise, tandis que plus tard au 9ème siècle y existait un sanctuaire dédié aux deux Saints. La famille Barbarigo finança une nouvelle église en 1028, qui fut détruite par un incendie en 1105, mais reconstruite.

Le temps passant, l'église subit de nombreux remaniements et montra des signes de décrépitude, suivis de l''écroulement de la nef en 1583, entraînant en 1585 sa reconstruction complète par Francesco Smeraldo, dans un style typiquement palladien (normal, c'était un disciple du Maître de la Renaissance architecturale à Venise). Pour des raisons inconnues l'église ne fut consacrée qu'en 1657 !

Plusieurs restaurations ont été entreprises au 19ème siècle et vers 1987. Save Venice participa aussi à la restauration de l'intérieur (Le Christ mort, Saint Chrysogone, le Christ des Douleurs, buste placé à droite au début du chœur, datant de 1580 et créé par la Scuola del Santissimo Sacramento)

L'extérieur

Deuxième incongruité de cette église : elle a deux façades extrêmement semblables donnant sur deux campi de même surface agrémentés de deux puits identiques. Celle donnant sur le rio Trovaso est accolée à des maisons bourgeoises, et aussi au campanile. Les raisons de ces deux façades (légende ou vérité ?) seraient que chaque entrée correspondait à la direction prise par les Nicolotti (de San Nicolo dei Mendicoli plus à l'ouest au bout de Dorsoduro, vivant de pêche et très chauvins), et des Castellani (en majorité des Arsenalotti, les ouvriers de l'arsenal, aussi chauvins et bagarreurs que les précédents) venant de Santa Margherita pour rejoindre cet endroit. Et à cause de leurs bagarres épiques et de leur rivalité féroce (voir le Ponte dei Pugni près de San Barnaba ou celui de Santa Fosca, entre autres lieux de rencontres pour des combats très musclés), il fallait s'assurer qu'ils ne se rencontrent pas dans la seule et même entrée normale d'une église, d’où les deux façades quasi identiques et les deux entrées séparées.

Seules différences notables : les deux fenêtres supplémentaires et rectangulaires de la façade est-sud-est donnant sur le rio San Trovaso, et un campo herbeux autour du puits, que la façade sud-sud-ouest donnant sur le rio dei Ognissanti n'a pas.

Chaque façade est de style classique palladien avec deux niveaux. Le portail possède un petit tympan triangulaire avec deux fenêtres étroites et des piliers corinthiens, et au-dessus une grande fenêtre semi circulaire en trois parties, bordée d'une décoration en volutes (des "orecchioni" comme aux Zitelle) et de deux piliers plus petits, surmontée d'un grand tympan triangulaire ouvert par un œil de bœuf. (mais il n'y a pas de statues). La façade coté est possède en plus deux fenêtres de part et d'autre du portail correspondant aux chapelles latérales, l'autre façade donnant sur la nef principale.

L'église est flanquée de maisons à 2 étages de part et d'autre des façades et accolées aux murs porteurs, qui cachent sa structure à deux absides latérales qu'on peut assimiler à un transept par rapport à la nef principale.

Le campanile collé à la façade est-sud-est, fait 53 m de haut. Il est surmonté d'un tambour octogonal rajouté par la suite. Au-dessus de la porte extérieure on peut voir un masque grotesque grimaçant (comme à Santa Maria Formosa)

L'intérieur

En général on y entre par la porte est-sud-est, dans le bras droit de la structure en croix latine de l'église, qui paraît vaste, mais mal éclairée même par les fenêtres semi circulaires en haut de la nef. La nef principale, qui donne sur la porte sud-sud-est, est agrémentée de trois chapelles de chaque côté, elles aussi assez sombres. Le chœur est de la même largeur que la nef, il semble très large, d'autant plus qu'une immense fenêtre semi-circulaire surmonte l'autel principal et que le retable des Saints Patrons placé contre le mur du fond en marbre veiné parait très étroit dans cet espace. Mais l'ensemble est plaisant avec des chapelles de petites dimensions, placées à des endroits insolites (en plus des chapelles latérales de la nef).

La plupart des tableaux identifiés est due aux Tintoret (Jacopo et Domenico) qui ont encore sévi ici, il y a aussi Giambono pour le Saint Chrysogone, plusieurs Palma le Jeune et un Diziani (San Costanzo dans la deuxième chapelle à droite), mais beaucoup d'œuvres proviennent d'anonymes vénitiens. Les noces de Cana du Vicentino, placées très haut au-dessus de la porte ouest sont hélas très peu visibles étant donné la lumière ambiante.

Dans le chœur il faut signaler les deux candélabres en bois doré, dans le style de Brustolon, ainsi que le Christ des tourments, rénové par Save Venice récemment. Les grands tableaux sur les côtés sont hélas également peu visibles, et le martyre de jumeaux Protasio et Gervasio semble loin des yeux pour être apprécié. Dans la chapelle du Saint Sacrement (dont la Scuola avait fait son sanctuaire, elle avait aussi financé l'orgue de Callido de 1756 sur la contre-façade sud-sud-est), deux belles statues entourant le Saint Antoine en pleines tentations (normal compte tenu des beautés dénudées qui l'entourent …).

Les chapelles latérales sont étroites mais très belles, l'une d'elles a été financée par la Scuola dei Squeraroli (constructeurs de gondoles), et en effet, le dernier atelier ou squero se trouve au carrefour des deux rii entourant l'église (on n'y fait plus guère de gondoles, mais on les répare et entretient avec toute l'expertise des artisans présents).

Sur Gervais et Protais (Gervasio et Protasio)

Ce sont deux frères jumeaux enfants de deux autres Saints (Saint Vidal et Sainte Valérie), qui vécurent sous l'empereur sanguinaire Néron (37-68) au 1er siècle et violemment opposé à la religion qui se propageait dans l'Empire et à Rome. Arrêtés par Néron, l'un fut flagellé à mort et l'autre décapité. En 386 Saint Ambroise (Ambrogio) eut la vision de l'emplacement de leurs corps et alla les chercher pour les placer dans son église à Milan, et leur culte se propagea rapidement.

Adresse : Campo San Trovaso, Dorsoduro 1098

Horaires lun-sam 14h30 à 17h30; gratuit

Document en français en quelques pages et assez précis dans l'église (sauf le Saint Chrysogone qui a bougé vers l'abside gauche à droite de la Tentation de Saint Antoine).

Autre page web très intéressante :

https://www.churchesofvenice.co.uk/dorsoduro2.htm#santrov

Crédits (Wiki Commons) : Didier Descouens : le tableau de Saint Chrysogone (mes photos le montrent avec un rayon de soleil violent tombant au milieu, inexploitables). Bjoertvedt : vue générale de l'église que j'ai préférée à mes prises de vue un peu sombres.

Rev2 11/12 /2018

San Trovaso, dédiée aux Saints jumeaux Gervais et Protais (!!), est bâtie sur un ancien oratoire, vers 1208 et financée par la famille Barbarigo, incendiée en 1105 et reconstruite juste après.

Elle possède 2 façades presque identiques (permettant aux deux factions Nicolotti de l'ouest de Dorsoduro et Castellani de Castello d'y entrer séparément sans pugilat.

Délabrée, elle s'écroule en 1583, Smeraldo la reconstruit en 1585 (élève de Palladio, ça se voit bien), elle n'est consacrée qu'en 1657. Eglise en croix latine, avec une nef unique et un transept.

La façade Sud-Est possède deux fenêtres de plus correspondant aux chapelles. La grande fenêtre semi-circulaire est bordée de volutes comme aux Zitelle.

Le campanile, à droite de l'entrée, fait 53m, il est surmonté d'un tambour octogonal rajouté. Noter la figure grimaçante (comme à Santa Maria Formosa, San Polo ou San Bartolomeo). Noter aussi les 2 campi dont un en herbe, et les 2 jolis puits. (visite par cette entrée latérale)

Les fonds baptismaux, de 1700, en marbre, avec Jean Baptiste.

Chapelle Molin, Jésus sur la Croix (Domenico Tintoretto, 1589).

Le chœur, avec deux grands candélabres en bois avec des feuilles et des têtes d'anges sculptés (vers 1700).

Assez simple mais ample, avec ses piliers corinthiens imposants, ses murs en marbre veiné et son immense fenêtre.

L'autel parait loin et le retable des Saints paraît noyé dans ce volume.

Sous Néron, Gervasio (au premier plan) fut flagellé à mort et Protasio va bientôt être décapité (tableau de V. Ponga, 1910).

Leurs corps furent récupérés par Ambroise évêque de Milan où ils reposent dans la cathédrale.

Ils étaient les enfants de Saint Vidal dont l'église désaffectée est au sud du campo San Stefano), et de sa femme Valérie.

A droite, Adoration des Mages (Epiphanie), (D. Tintoretto, début 17ème siècle).

En bas à gauche, une femme très belle et habillée luxueusement tient son enfant à la main. Beaucoup (trop ?) de personnages et un décor citadin.

A gauche, Saint Joachim chassé du Temple. Il porte des colombes mais est rejeté par un prêtre (parce qu'il n'a pas d'enfant).

En bas à gauche encore, une femme très belle avec un panier de fleurs et des colombes. (D. Tintoretto, même époque). En arrière-plan, la vision de la maternité à venir de Sainte Anne (mère de Marie).

Chapelle latérale gauche, de Milledonne (Antonio Milledonne secrétaire du Conseil y est enterré et a payé le Saint Antoine sur l'autel).

Tentation de Saint Antoine. Entouré de femmes nues symbolisant le Diable (!?!), il lutte et le Christ descend vers lui, (Jacopo Tintoretto, 1577).

Saint Chrysogone à cheval (il est aussi le patron de San Trovaso) (gouache, Michele Giambono, mi 15ème). Chrysogone est un chevalier romain sous Dioclétien, qui lui promit une charge de Préfet s'il abjurait sa foi. Résultat, il eut la tête coupée.

Transept gauche, chapelle du Saint Sacrement.

A droite, David (marbre, 18ème siècle), en guerrier portant la couronne et sa harpe.

Melchisédech, roi de Jérusalem, tenant une cruche de vin et du pain.

A droite, une des nombreuses Cène de Jacopo Tintoretto, (ca 1560), dans une scène de son époque (chaise, cruche, gibier) et des personnages plutôt païens (une Parque avec sa quenouille en haut de l'escalier).

A gauche, le Lavement des pieds (copie d'une œuvre du Tintoret située à La National Gallery de Londres). Sur le mur gauche du transept un autel dédiée à la Pietà.

Chapelle de la Pietà (Palma le Jeune, fin 16ème siècle). Saint Jean et Marie porte le Christ avant sa mise au tombeau, à gauche Madeleine touche ses plaies.

Vue du transept gauche et des chapelles à gauche de la nef.

Jolie décoration florale de marbres polychromes sous la chaire.

Chaque flanc de la nef possède trois chapelles.

Chapelle de la Nativité (Palma le Jeune, fin 13ème siècle). Des femmes s'occupent d'Anne et de Marie juste née.

Chapelle Lion, Vierge avec l'Enfant et les Saints Dominique, François, Lucie (Palma, 1621). La Vierge parle à Saint Marc et Jésus veut attraper la croix de Jean Baptiste.

Chapelle Barbarigo, Couronnement de la Vierge (Pietro Malombra, début 17ème), avec Saint François et Saint Liberale.


Orgue des frères Callido (1765). (il y en a 45 à Venise)

Le chœur vu de l'entrée sud.

Les chapelles de la partie droite de la nef dédiée aux "Squeraroli" (fabricants de gondoles). Dans la première, devait se trouver un tableau de Marie Elisabeth et la Vierge.


Retable non renseigné dans la première chapelle.

2ème chapelle : San Costanzo d'Ancona, protecteur des sacristains, (Gaspare Diziani, ca 1755).

Ses reliques se trouvent sous l'autel.

San Francesco da Paula (St François de Paule) (Alvise del Friso, fin 16ème). Il a une église sur la Via Garibaldi à Castello (voir aussi le guide en images sur l’église).


La chapelle Clary est la pièce maîtresse de l'église. L'Annonciation est de Palma le Jeune, (ca 1625).

Le bas-relief avec les symboles de la Passion au centre, entouré d'anges musiciens (1470), est de l'école de Donatello.

Le bas-relief (1470) avec des anges. Elisabetta Alessandra de Ficquelmont (son père était diplomate, ami de Metternich), née en 1825, morte de phtisie en 1878, fut mariée au prince Edmund Von Clary, conseiller de l'Empereur d'Autriche.

Au-dessus de l'entrée latérale : les Noces de Cana (Andrea Vicentino, fin 16ème), peu visible mais riches de personnages de la cour italienne avec au centre le Christ.

San Trovaso depuis le dernier (ou presque) squero (il ne fabrique plus les gondoles mais sait encore en faire la maintenance).