Guide en images des églises de Venise

San Nicolo dei Mendicoli (Dorsoduro)

Histoire

La légende attribue au 7ème siècle la première église (dédiée à Saint Nicaise) construite par des Padouans réfugiés ici sur l'île de Mendigola à cause des invasions des Lombards à cette époque. Mendigola signifie mendicité, l'île est alors peuplée de pêcheurs très pauvres.

L’église aurait été bâtie sur les ruines d’un temple dédié à Vénus. Le gouvernement mit en prison le curé ayant décidé de la bâtir, car il refusa de dire d’où il avait tiré l’argent. Et la légende veut qu’il ait trouvé un trésor de pièces d’or à l’emplacement du campanile, où se serait trouvé bien avant un temple romain dédié à Vénus. Légende ? Il est curieux et très surprenant de voir qu’un des tableaux, au plafond de l’église même, montre Saint Nicolas abattant un arbre à myrte, qui était précisément le symbole associé à la déesse Vénus par les Païens.

Par la suite, le quartier San Nicolo devient un passage presque obligé des marchandises arrivant de la Terre Ferme. L’embouchure de la Brenta qui va vers Padoue, et les autres rivières utilisées pour les transports de marchandises vers l’Italie, l’Allemagne, se trouvent tout près d’ici, de même que les voies navigables vers Chioggia au Sud.

L'église est reconstruite au 12ème siècle en style vénéto-byzantin sur le même plan (il n'en reste aujourd’hui que le petit campanile carré) pour être dédiée à Saint Nicolas (d'où son nom et celui des habitants appelés aussi les Nicolotti).

Par la suite, l'église est souvent remaniée, en 1360, au 15ème siècle, en 1553, en 1580 les boiseries dorées, similaires à ce qu'on pourra voir aux Carmini plus tard, sont mises en place. Puis une grande restauration a lieu en 1750 (façade latérale baroque). Après une grave inondation en 1966, (son sol était de plus très en-dessous du niveau du canal) elle est restaurée de 1972 à 1980 par Venise en Péril (rehaussement du sol, plafond et imperméabilisation), puis une nouvelle fois en 2002.


Extérieur

C’est une église vraiment petite pour Venise, car ici le quartier était très fangeux, presque au niveau de l’eau de la lagune. Par temps d’acqua alta, les bottes sont obligatoires. Cet endroit insalubre était peu habité, assez pauvre, et surtout assez autonome car éloigné du centre, et c’était un village à part, où le Gastaldo (chef local du quartier) jouait un rôle important.

Le campanile roman, de 27 mètres de haut, est petit à l’image de l’église. Il est situé derrière, il est d’origine et daterait du 13ème siècle. Endommagé par une bombe il a été restauré par Venice in Peril. L’horloge fut ajoutée en 1764. Contre lui et l’arrière de l’église, un appentis servait d’auvent et de refuge pour les pauvres et les femmes pieuses dans le besoin.


Intérieur

L’intérieur est de forme basilicale à trois nefs, avec peu de chapelles, mais un intéressant ensemble de colonnes et de 6 arcades de chaque côté séparant les nefs. Toute l’église est « dorée » : les piliers en bois séparant les tableaux sur les murs de la nef centrale, le plafond, l’orgue du 17ème siècle et son balcon, et l’iconostase byzantine (comme à Torcello) avec le Christ en croix du 16ème siècle, la Vierge et Saint Jean. Les chapiteaux sont décorés de belles statues dorées (les 12 Apôtres), et le tout ressemble, proportions gardées, à l’église des Carmini pas très loin. Au-dessus des séries de tableaux pas très beaux. Et le plafond, avec un San Nicolo en gloire et d’autres épisodes de sa vie.

Le chœur est lui aussi original, avec une structure vénéto-byzantine, petite mais très élégante. Sinon les chapelles latérales sont quelconques. Mais l’ensemble est remarquable pour une petite église.

Saint Nicolas

Nicolas est un évêque grec (de Mira en Lycie, au sud de la Turquie) né vers 250. Ayant donné ses biens aux pauvres, il vécut et mourut très vieux (sans être martyrisé).

Il est le Saint patron des marins, fabricants de bateaux, des marchands et des enfants (ses miracles en attestent ...). On le nomme aussi Nicolas de Bari, à qui on prête d’avoir jeté des pièces d’argent devant les fenêtres de familles pauvres dont les pères destinaient leur fille à la prostitution. Avec l’argent ils purent les doter et ainsi les marier, leur évitant de devenir prostituées. Cet épisode de la vie de Nicolas est cité par Dante dans La Divine Comédie, au chant XX du Purgatoire où il fait citer par Hugues Capet (vers 31-33) « la largesse que fit Nicolas aux pucelles pour conduire à l’honneur leur jeunesse ».

Il est curieux de constater comment la légende de la fête de Saint Nicolas fut créée : un de ses doigts fut rapporté de Bari en Lorraine comme relique, et une grande basilique lui fut élevée à Saint Nicolas de Port près de Nancy. Ensuite, nous trouvons l’histoire des 3 enfants qui se perdirent dans la forêt près de Nancy. Ils frappèrent à une maison. L’homme qui leur ouvrit, un boucher, les accueillit mais les garda pour ensuite les tuer, les découper et les mettre dans son saloir. Saint Nicolas qui passait par là frappa à la maison, et demanda au boucher du petit salé. L’homme se sentit découvert et avoua tout. Saint Nicolas étendit la main et ressuscita les enfants en réassemblant les morceaux, puis enchaîna le boucher à son âne. Ce boucher devint plus connu comme le Père Fouettard, méchant et vicieux, un vilain personnage qui tance les enfants désobéissants ou ne travaillant pas. Tout le contraire de Nicolas avec sa barbe blanche.

Nicolotti et Castellani : rivalité séculaire, bagarres et conséquences dans la ville

Dans ce quartier sud-ouest de Dorsoduro, perdu au bout de Venise, et plutôt miteux, prospérait la « tribu » des Nicolotti, ouvriers et pêcheurs durs au labeur, et surtout, belliqueux envers le reste de Venise. En particulier envers les habitants de Castello tout à l’autre extrémité de Venise.

Les Nicolotti, plus tard rejoints par des habitants d’autres sestiere (San Polo, Santa Croce et Cannaregio, soit l’ouest de la ville) partaient en bande provoquer les Castellani. Ils portaient un bonnet noir et une écharpe de même couleur. Pour tout dire, la faction des Catellani était encore plus ancienne et son origine datait du Doge Sebastiano Ziani avec des gens plutôt de San Polo et Santa Croce, très marécageux. Ce n’est que plus tard que les paroisses de Dorsoduro Ouest se joignirent à eux et l’ensemble fut rebaptisé Nicolotti en référence au quartier de San Nicolo dei Mendicoli.

Les Castellani provenaient de Castello, à l’autre bout de la ville (et plus tard rejoints par ceux de San Marco, et même Dorsoduro est, soit la moitié est de la ville). Ils portaient un bonnet rouge et une écharpe rouge. Le plus souvent travailleurs de l’Arsenal et défenseurs du Doge, ils gagnaient plus que les pêcheurs du coin de San Nicolo.


Il y avait entre ces deux factions des bagarres mémorables, quelquefois avec des morts, mais rarement, ils aimaient se bagarrer mais pour l’honneur plus que pour le pouvoir.

Les « jeunes des banlieues » n’ont rien inventé (avec l’honneur en moins).

L’origine de ces combats fut peut-être le fait qu’un curé de San Pantalon pas loin près de Santa Margherita dans Dorsoduro s’était vu imposer une dîme par l’évêque de Castello donc de Venise. En réaction les habitants du quartier de San Pantalon étaient allés trucider l’évêque.

Et avec le temps des règles se sont construites et à la fin l’objectif n’était pas que de se taper dessus et se faire balancer dans le rio, mais de planter son drapeau au milieu du pont par tous les moyens. Au début on les appliquait avec des duels à mains nues ou avec des bâtons, mais très souvent cela se terminait par une empoignade générale.

Les affrontements n’étaient pas interdits par le gouvernement qui pensait ainsi que les hommes s’entrainaient ainsi au combat, et en plus ne pensaient pas à se soulever contre le pouvoir central.

Mais en 1705 après un combat très violent, on décida d’interdire les bagarres de poings (on utilisait aussi des baguettes et des bâtons). La rivalité se tourna vers d’autres compétitions comme les « pyramides d’Hercule », espèces de pyramides humaines très populaires à Venise, où la plus haute était déclarée vainqueur (mais cela n’empêchait pas les bagarres quand même).

Certains ponts de Venise sont célèbres pour ces pugilats épiques. Des tableaux ont été peints pour cela, en particulier au musée de Nuremberg on peut voir un tableau de Josef Heintz le Jeune (1673) représentant le fameux combat sur le Ponte dei Pugni près de Ca Rezzonico à San Barnaba (Pugni signifie poings, et le pont était dépourvu de parapet).

Et même, sur le Pont de Santa Fosca à Cannaregio (près de Strada Nova et San Felice), on peut voir 4 traces de semelles en pierre d’Istrie, ce sont les pas où devaient se trouver les combattants au départ, pour arriver à planter le drapeau de leur quartier au milieu du pont. Beaucoup tombaient à l’eau et cela finissait par la victoire de l’un ou l’autre camp après moult coups, gnons, volée de baguettes en bois et plongeons involontaires dans le rio en-dessous. On peut aussi signaler que l’église de San Trovaso, près des Zattere et des Gesuati, comporte deux façades identiques (presque) et deux portails d’entrée. On a dit que c’était pour empêcher les bagarres lorsque par hasard, devait se produire une manifestation dans l’église impliquant à la fois des Nicolotti et des Castellani ! (c’est même possible).



Adresse : Campo San Nicolò, Dorsoduro 1907

Horaires : Lun-Sam 10:00-12:00 14:00-17:00

Rev3 28/04/2019

Des Padouans fuyant les Lombards vinrent ici au 7ème siècle et fondèrent une église sur l’île de la Mendigola (« mendicité »).

L'église est reconstruite au 12ème siècle en style vénéto-byzantin sur le même plan, pour être dédiée à Saint Nicolas (d'où son nom et celui des habitants appelés aussi les Nicolotti).

La façade baroque en pierre d'Istrie a été créée en 1750.

L'entrée latérale, de style baroque, avec des statues de la Verge (au centre), Saint Antoine de Padoue et Saint Jean Népomucène.

Leur chef, le Gastaldo, était élu à huis clos dans l'église, et se présentait au Doge vêtu d'une robe de satin rouge et une perruque.

Le campo est agréable avec les canaux, les arbres avec des bancs, et la colonne supportant un lion vénitien. Mais il ne faut pas regarder partout …

Les Nicolotti partaient souvent se battre à poings nus, contre les Castellani (ceinture et béret rouges), sur les ponts de la ville (ponte dei Pugni entre autres). (voir l’introduction)

En 1966 une grosse inondation fit des dommages importants, l’église fut plus tard restaurée par Venise en Péril dans les années 1970.

En entrant, on voit une basilique à 3 nefs, romane, la nef centrale plus haute, les 4 chapelles et les arcades aux chapiteaux surmontés de statues des Apôtres. Beaucoup de bois, et beaucoup de dorures (1580).

Le plafond aussi est doré, et l’iconostase semblable à celle de Torcello est originale.

Sur les murs de la nef, des tableaux (pas des chefs d’œuvres), ici le flanc gauche depuis l’orgue, Nativité, Adoration des Mages, Circoncision.

Baptême du Christ, (tous de l’école du Véronèse),

Christ au Jardin des Oliviers, et le Baiser de Judas.

Au-dessus des chapiteaux, de belles statues de bois des 12 Apôtres. Le tout rappelle l’église des Carmini pas loin, construite bien plus tard.

La nef est séparée du chœur par une iconostase byzantine (comme à Torcello).

Avec un grand Christ en croix, en bois doré du 16ème, la Vierge, Saint Jean et des anges.

Bien que petite, cette église impressionne. Les boiseries splendides furent ajoutées vers 1580, donnant une fière allure à l’église.

Le chœur vénéto-byzantin, avec des fresques (abimées) du 12ème siècle, et la statue de Saint Nicolas du 15ème siècle. (atelier de Bartolomeo Bon, mi-15ème siècle)

Il tient les 3 sphères d’or (symbolisant l’argent qu’il donna pour sauver 3 jeunes filles de la prostitution.

(Pour la vie de Nicolas, voir l’introduction).

Nef droite, Les chapelles sont assez quelconques, sauf une ou deux.

Chapelle du Saint Sacrement (17ème siècle, baroque).

Les hautes fenêtres, même donnant au Sud, ne font pas assez entrer la lumière malgré les dorures (mettre l’éclairage).

En plus les tableaux sont sombres et en hauteur.

A droite la chapelle de Saint Niceta abritant sa relique (Nicaise, l'autre Saint à qui l'église aurait été dédiée au 7ème siècle).

Côté droit, depuis l'iconostase, le Christ devant Pilate, la Flagellation. (Alvise dal Friso, 1554-1609

Le Chemin de Croix avec Sainte Véronique, sous la fenêtre, Crucifixion.

Mise au sépulcre (Alvise dal Friso), et Résurrection (Palma le Jeune ?)

A l'opposé du chœur, l'orgue du 19ème siècle et sur la balustrade des tableaux de Carletto Caliari (la vie de Sainte Marthe).

Magnifique plafond à caissons, en trois parties, racontant des épisodes de la vie de Saint Nicolas.

Saint Nicolas faisant abattre un arbre à myrte adoré par les Païens, (Leonardo Corona, 16ème). Voir la légende en introduction.

Saint Nicolas en gloire, Francesco Montemezzano (16ème).

Saint Nicolas secourant des marins dans la tempête (Leonardo Corona).