Guide en images des églises de Venise

Il Santissimo Redentore (Dorsoduro)

Eglise Chorus

Histoire

L'église du Rédempteur (Chiesa del Santissimo Redentore) située sur la Giudecca, est commencée en 1577 suite à la décision par le Sénat d'implorer l'aide de Dieu pour arrêter la terrible épidémie de peste qui atteint la ville dès le milieu de l'année 1575, 55 ans avant celle qui fera édifier la Salute et 257 ans après la première peste noire venue des steppes mongoliennes, qui tua presque 60% des Chinois et de la Chrétienté.

Cette fois-ci, la peste tuera à Venise plus d'un tiers de la population (dont le Titien), soit près de 50000 personnes, envoyées aux îles-lazarets (les lazzaretti) bondés (on en fabrique même un avec des bateaux reliés entre eux). Les nobles fuient sur la Terre ferme mais un décret le leur interdit. En septembre 1576 Andrea Palladio (architecte en chef de la République depuis 1570) est chargé par le Doge Alvise II Mocenigo et le Sénat de construire une grande église votive (comme quoi, Venise résistait à tous les Papes mais restait profondément croyante à tous les niveaux de l'Etat, et particulièrement son Doge). On perd du temps sur la sélection du site, et finalement, le choix se porte sur l'emplacement de Santa Maria degli Angeli, petite église et terrains appartenant aux des Frères Capucins (filière franciscaine). Leurs conditions pour la cession étaient de ne pas utiliser (comme à San Sebastiano, Zanipolo, …) la fortune des nobles en échange d'une chapelle quasi-privée, et de respecter leur vœu de pauvreté (pas de marbre ou de produits précieux … hum).

Curieusement, l'épidémie régresse dès la fin de l'année, et se termine en juillet 1577.

La première pierre est posée le 3 mai 1577. Pour fêter la fin on construit alors un pont de barques entre la Piazzetta et la Giudecca (600 mètres quand même) pour aller en procession le 21 juillet de la même année avec le nouveau Doge Sebastiano Venier (le héros de Lépante), à la petite église en bois sur le chantier à son tout début.

Palladio réalise ici un de ses plus beaux chefs d'œuvre avec son style de temple classique si particulier, le marbre blanc, le portail d'entrée très haut et large, et la façade remarquable placée au-dessus d'un escalier solennel bordé de balustrades. Mais il meurt en 1580 et c'est Nicola da Ponte (le créateur du pont du Rialto) qui continue le projet, terminé en 1592, date de la consécration de l'église. Au dehors, le Redentore se voit de loin avec sa façade blanche immaculée (à gauche vue depuis le campanile de la Piazza), ses renforts de la nef, son dôme impressionnant et son double campanile juste à côté.


Extérieur

Quitte à se répéter, cette église est le chef d’œuvre de Palladio et le plus bel exemple de l’application des principes qu’il a développés dans ses écrits sur ce nouveau style classique, en opposition affirmée au gothique qui voit sa fin de vie arriver.

L’église est bâtie sur une volée de marches d’escalier imposante et solennelle, qui préfigure le luxe de l’intérieur. Le bâtiment lui-même en impose, et se voit de très loin même s’il est situé le long des quais de la Giudecca (il est vrai de San Giorgio Maggiore se voit mieux).

La façade reprend les thèmes chers à Palladio, qu’il développe à San Francesco della Vigna en 1562, San Pietro di Castello en 1568, San Giorgio Maggiore en 1560 tout près (à Venise). Des colonnes massives entourent un portail grandiose, des niches avec des statues de grande taille (sauf à San Pietro di Castello), et surtout, la combinaison de tympans triangulaires dont les niveaux s’entrecoupent, laissant présager à l’intérieur la nef centrale (derrière les colonnes) et les nefs latérales (par les parties du tympan le plus large qui sont coupées par le tympan central). Le portail classique date de 1688, il est flanqué de deux colonnes plus petites qui soutiennent un petit tympan aux côtés parallèles à celui au-dessus.

L’église est dotée de solides contreforts qui font aussi sa marque, émergeant des toits des deux nefs latérales jusqu’à la base du toit de la nef centrale. Surgit alors le dôme impressionnant de la coupole centrale, surmonté d’un grande lanterne ouverte, elle-même surmonté de la statue du Redentore (il est là, et non au somment du tympan de la façade comme le pensent et l’écrivent beaucoup, à cet endroit il s’agit de la statue de la Foi). De part et d’autre du dôme, deux campaniles (comme à la Salute), fins et très ouvragés, aux sommets ajourés en pierre d’Istrie surmonté d’un toit conique, qui ressemblent furieusement à des minarets !

A gauche de l’église, un passage mène à une porte surmontée de l'emblème des Franciscains, (appelé "Conformités"), avec un bras nu (le Christ) et croisé avec un bras vêtu (St François) sous une croix de calvaire.


Intérieur

L'intérieur est clair, assez dépouillé, avec 6 chapelles latérales et un chœur baroque magnifiquement décoré.

La nef centrale est flanquée de 3 chapelles de chaque côté. Leur structure est identique, avec des balustrades blanches à l’entrée. Les autels sont identiques aussi, placés sur 3 marche d’escalier, et surmontés de retables où Bassano a beaucoup travaillé. Chaque chapelle est décorée sobrement mais somptueusement, en particulier les panneaux de face des autels. Remarquer aussi les cadres du Chemin de Croix. Entre les chapelles on trouve deux colonnes corinthiennes massives

Le chœur est très vaste, il est constitué de trois absides semi-circulaires. Elles sont séparées par des espaces identiques à ceux séparant les chapelles (2 colonnes massives corinthiennes et un espace vertical blanc), ce qui ajoute à l’homogénéité de l’ensemble. En plein centre de cet espace se trouve le maître-autel, orné de nombreuses statues de bronze très fines, dont San Marco et San Francesco (reprenant les statues dans les niches de la façade). Au-dessus des trois absides, on trouve la coupole et le dôme central, donnant une impression de grand espace.

La sacristie contient de nombreuses reliques et peintures anciennes (attention, cerbère ou chienne de garde impitoyable) ainsi que 11 bustes, sous cloche de verre, de Capucins, en cire, de la seconde moitié du 19ème siècle (de nombreux Capucins furent béatifiés à cette époque), ainsi que le buste (?) de saint François d'Assise créateur des Franciscains dont les Capucins (caractérisés par leur longue barbe et leurs capuchon pointu) sont une branche importante (d'autres Ordres découlent des Franciscains comme les Scalzi ou "Déchaussés", les Cordeliers, les Célestins, ou encore les Clarisses ou Déchaussées), les Colettines ou les Capucines pour les femmes.

La fête du Redentore est reprise chaque année avec une cérémonie fin juillet qui allie ferveur et paganisme (monstrueux feux d'artifice, fêtes débridées pour les touristes) avec maintenant un pont en métal qui part des Zattere (300 mètres). Le 20 juillet 1620 Claudio Monteverdi dirigea les musiciens à l'occasion des fêtes du Rédempteur.

Note : certaines photos sont floues, mais elles sont laissées ici en attendant d'en voir de meilleures.

Adresse : 195 Campo del Santissimo Redentore

Horaires : Lun-Sam 09:00-17:00

Rev3 29/04/2019

Andrea Palladio

Au début du 16ème siècle en pleine Renaissance, le style gothique cède la place à l'Antique (le néo-classique issu des Romains) en architecture. C'est le règne d'Andrea Palladio (un Padouan !). Né en 1508, Il fait de longues études en se spécialisant dans l’architecture profane, et devient un opposant farouche au gothique. Il prend la succession de Sansovino comme Architecte en chef de Venise en 1570. De 1553 à 1580, année de sa mort à Vicence, on lui attribue plus de 65 édifices. Parmi les plus connus à Venise, on compte les églises de San Giorgio Maggiore, le Redentore, et les façades de San Francesco della Vigna et de San Pietro di Castello. Mais il a aussi beaucoup travaillé dans les villes de Vicence (le théâtre olympique de Vicence est sa dernière œuvre qui sera achevée après sa mort par son fils et par Scamozzi), de Padoue, de Vérone, d'Udine et d'autres villes du Nord de la Vénétie.

Palladio fait republier en 1556 le "De Architectura" de Vitruve (écrit en -25 AVJC et composé de 10 livres couvrant absolument tout ce qui concerne la construction, les styles, les matériaux, les proportions, les types d'édifices, les écoulements, la décoration, l'utilisation de l'eau dans les jardins, etc !). Il écrit lui-même ses "Quatre Livres de l'Architecture", une véritable Bible de cette nouvelle architecture néo-classique, en totale opposition avec le gothique ambiant, et qui rayonnera sur toute l'Europe des architectes pendant plusieurs siècles comme ouvrage de référence. Palladio a beaucoup travaillé sur les façades qui à Venise sont évidemment le signe de la prospérité des habitants des Ca' et des villas : les frontons à triptyques (inspirés d'Alberti et des Romains) sont agencés de diverses manières, avec des balustrades et des serliennes (fenêtres à 3 baies dont la centrale est munie d'un arc en plein cintre, les autres étant rectangulaires), inspirées de Serlio leur inventeur premier.

Avec son style architectural, directement issu de l'architecture romaine de Vitruve, mise à jour en plus moderne et plus majestueuse, Palladio est la coqueluche de Venise. Les Nobles vénitiens et de Terre Ferme lui commandent villa sur villa dans les campagnes de la Vénétie (on en compte au moins 29, dont 24 sont inscrites au Patrimoine mondial de l'UNESCO). Chaque villa est un monument unique avec des trouvailles extraordinaires. Palladio n'a jamais travaillé à l'étranger mais a inspiré des milliers de bâtiments dans toute l'Europe dans les siècles et des centaines d'architectes jusqu'à nos jours (Ricardo Bofill pour ne citer que lui au 10ème siècle).

Depuis les Zattere ou les Vaporetti, le Redentore, frappe par son volume. Au sommet du dôme, le Rédempteur.

Les contreforts correspondant aux piliers des nefs latérales étroites montent jusqu’au toit de la nef centrale.

La Redentore est la plus achevée des réalisations néo-classiques d’Andrea Palladio. Ses autres façades (San Francesco della Vigna en 1562, San Pietro di Castello en 1568, San Giorgio Maggiore en 1560 tout près), lui ressemblent sur de nombreux points.

Comme la Salute 55 ans plus tard, la Redentore est le fruit d’un vœu du Sénat visant à implorer Dieu d’arrêter la peste qui sévissait depuis 1575 partout (un tiers de Venise, mais aussi toute l’Italie). Curieusement, l’épidémie régresse à la fin de 1576, et la première pierre est posée le 3 mai 1577. La peste se termine en juillet.

Le mât votif et son socle sculpté avec une sirène, et des noms gravés (??). En haut du poteau, le Lion ailé de Venise, doré) (voir photo précédente).

A gauche de l'église cette porte surmontée de l'emblème des Franciscains, avec un bras nu (le Christ) et croisé avec un bras vêtu (St François) sous une croix de calvaire.

Son grand porche d'entrée (l'actuel date de 1688) est situé au sommet d’une volée de marches solennelles agrémentée de balustrades.

La façade au double tympan, l’un très large annonçant les nefs latérales, et l’autre au niveau de la nef centrale, qui interrompt le premier tout en formant un ensemble homogène et cohérent réussi. Plus haut encore, un tympan cassé qui correspond aux contreforts de la nef.

Au centre de la corniche supérieure, la Foi (et non le Rédempteur comme on le lit souvent). On célébra dès 1577 la fin de la peste, l’église très loin d’être terminée, par des processions sur un pont de barques rejoignant la Piazza (600 mètres !!).

Aux extrémités de la corniche, deux anges. La tradition continue, avec des feux d’artifice et des fêtes à touristes grandioses.

Au coin au niveau du tympan, San Lorenzo Giustiniani à droite.

Et sur la droite, Saint Antoine de Padoue.

Dans les niches, Saint Marc à gauche et Saint François d'Assise à droite. Les sculptures sont de Giusto Le Court. C’est un Flamand qui a beaucoup travaillé à Venise :

San Pietro di Castello, San Nicola da Talentino, San Giorgio Maggiore, l’autel de la Crucifixion aux Frari, etc.

L’intérieur est lumineux, blanc, avec des couples de grandes colonnes corinthiennes séparant les chapelles des nefs latérales.

On aperçoit l’abside centrale derrière l’autel avec les deux absides latérales sous la grande coupole centrale.

Les deux bénitiers en marbre aux statues de bronze, ici Jean Baptiste.

Et là Jésus, cachant sa plaie aux côtes et le pied droit sur un crâne (F. Terilli., 1610).

Contre-façade. La Redentore est considérée comme le parfait chef d'œuvre de Palladio : néo-classique sobre, lunettes harmonieuses, pilastres corinthiens.

Fresque La Vierge présente Jésus à Saint Felice da Cantalice (Pietro Muttoni dit della Vecchia, ca. mi 17ème).

En haut : médaillon monochrome représentant les acteurs de la décision du Sénat de construire le Redentore lors de la peste : Alvise Mocenigo, des Nobles, un Capucin, la Trinité avec le Christ triomphant de la mort avec …

… en fond la Piazzetta et le Palais (Paolo Piazza, moine capucin, 1619). La nef fait 30m, avec une coupole centrale de 20m de hauteur, et les 6 chapelles latérales qui relatent la vie du Christ, ici la nef droite (visite par la droite).

Naissance du Christ, Francesco Bassano, début 16ème.

Détail. Beaucoup de monde autour de cette crèche perdue dans le désert …

Les parements verticaux des autels sont magnifiques.

Deuxième chapelle : baptême du Christ (Paolo Véronèse, terminé par ses fils Carlo et Gabriele, 1561).

La tapisserie qui pare l’autel (on remarquera est différente de celle de 2014 dans l’image précédente).

Détail du Baptême.

3ème chapelle, Flagellation (Ecole du Tintoret, ca. 1588).



Jolie statue de la Vierge à droite du maître-autel, toujours fleurie.

Maître-autel de Giuseppe da Vicenza, (1580), colonnades corinthiennes. Palladio a appelé son copain Campagna pour réaliser le chœur et les statues de bronze ici, en appliquant les principes de la Contre-Réforme (1579-1580).

L’autel est très élégant, sobre, et situé sous la coupole majestueuse couvrant les trois absides séparées par les mêmes couples de hautes colonnes que celles séparant les chapelles.

De part et d’autre de l’autel, les statues de bronze de San Marco et de San Francesco, reprenant celle de la façade.

Les statues sont délicates et nombreuses sur le tabernacle. Derrière le maître-autel se trouve le chœur des moines. Palladio voulait des autels isolés visibles de partout.

Au sommet, le crucifix en bronze, aussi de Campagna …

Aile gauche avec trois chapelles séparées par les hautes colonnes corinthiennes.

Flanc gauche, depuis l'autel : Déposition du Christ au sépulcre, Palma le Jeune.



Résurrection (Francesco Bassano, ca 1578).




Ascension (atelier du Tintoret, ca 1588).

Similitude avec la Résurrection juste à côté (Christ en hauteur, Le monde effaré sur la Terre, visions dramatiques).

Et aussi avec le Baptême (en face) avec un personnage en bas au premier plan. (même la Déposition a la même structure)


Dans le couloir menant à la sacristie, ce portrait d’Andrea Palladio.

On n’est jamais seul dans la sacristie, et on est sûr après quelques secondes qu’il est absolument interdit de photographier et qu'il y a très peu de chances d'y arriver. Pour des raisons que Dieu seul connaît (s’il les connaît …). Bref, images, mais floues.

Reliques, tableaux, et les bustes en cire des Capucins (béatifiés au 19 ème siècle) sous des cloches en verre qui les conservent très bien.

En bas à gauche, Vierge allaitant Jésus, Pasqualino Venet (influencé par Cima di Conegliano), à droite, Jean Baptiste dans le désert, Bassano (restauré en 1991.

A voir aussi le Baptême du Christ, du Véronèse (1561), commandé par Bartolomeo Stravazzino (dont le portrait et celui de son fils sont présents en bas à droite).

4 panneaux de Francesco Bassano : la descente de la Manne, Les pains de proposition, La Cène, Le repas à Emmaüs (il y en avait 8).

(très flou)

La Vierge adorant Jésus (Lazzaro Bastiani 16ème)

(très flou) .