Guide en images des églises de Venise

San Giorgio Maggiore (San Marco)

Histoire

San Giorgio Maggiore est l’île juste en face de la Piazzetta et du Palais des Doges, elle côtoie aussi la Giudecca.

Anciennement appelée l’île Memmia (de la famille Memmo qui la détenait) ou « île des cyprès » (malgré une majorité de vignes, un marais salant, un moulin et des arbres fruitiers), l’île de San Giorgio Maggiore est cédée par le Doge Tribuno Memmo à un Bénédictin, Giovanni Morosini, qui développe la petite église existante depuis 790 dit-on et dédiée déjà à Saint Georges. Il crée juste à côté le monastère et assainit les marais grâce aux dons qui affluent (un grand classique à Venise). Le monastère devient l’un des centres cultuels les plus renommés d’Europe. En 1109 le monastère accueille la relique de Saint Etienne ramenée de Constantinople. L’île fait partie du sestiere de San Marco.

En 1565 Andrea Palladio est nommé pour bâtir une nouvelle église (une basilique abbatiale), en marbre blanc et pierre d’Istrie, cela durera plus de 60 ans (et Palladio meurt en 1580). Elle est continuée en 1597 par Simone Sorella en suivant les plans initiaux (obligation par le contrat), et enfin terminée en 1611. La façade rappelle aussi celle de San Francesco della Vigna du même auteur. A noter que la précédente église faisait face au Palais des Doges, alors que la nouvelle regarde le Canal de la Giudecca.

Sous Napoléon en 1797 elle est plus ou moins pillée complètement. Le monastère des bénédictins avait reçu en 1563 des toiles du Véronèse les Noces de Cana (6m60 par 10m, plus de 120 personnages dans un environnement classique à la Raphaël comme à Rome). Elles furent aussi emportées par Napoléon et se trouvent maintenant au Louvre, et dans le réfectoire du monastère on ne trouvera qu’une copie ! Le monastère abrite deux cloîtres magnifiques, « Les Cyprès » et « les Lauriers », ainsi qu’une bibliothèque de Longhena. Au 19ème siècle, l’île est occupée par les militaires et sert de base maritime, les lieux se dégradent.

En 1951, le monastère et les jardins sont cédés à la Fondation Cini, le comte Vittorio va restaurer les lieux en mémoire de son fils Giorgio mort à Cannes d’un accident d’avion. Il y a 15000 ouvrages dans la bibliothèque remise à neuf, des salles d’œuvres d’art sont restaurées. La fondation possède un département spécialisé dans la civilisation vénitienne, mais elle gère aussi le théâtre de verdure, et un centre international composé de 9 instituts culturels qui accueillent des chercheurs, des artistes et des conférences de grande réputation.

Extérieur

La façade est immaculée blanche, et devient orange quand le soleil la frappe de face lors de son coucher. C’est l’archétype de la façade palladienne, qui allie le nouveau classicisme à la romaine (colonnes, tympans, niches, statues) aux besoins de faire une église catholique grandiose. Sur des plans d’Andrea Palladio, elle est commencée par Simone Sorella en 1599 qui y fera de très mineures modifications (le contrat l’obligeait à suivre scrupuleusement les plans du Maître). Elle fut terminée en 1610. Le reste de l’édifice est en briques.

Elle est très large, et marque bien les trois nefs qui la constituent à l’intérieur. Les spécialistes s’accordent sur le génie de Palladio, qui a su intégrer, dans une architecture « classique » s’inspirant des temples romains, les besoins de représenter une basilique à 3 nefs, dont les hauteurs différentes des nefs ne conviennent pas bien à une forme de temple où la hauteur est constante. En regardant bien, on s’aperçoit qu’il a en fait fusionné deux façades : une plate et très large, mais pas haute, avec un grand tympan triangulaire mais qui s’arrête à l’entablement et aux colonnes de la seconde. La seconde, qui correspond à la nef centrale, est plus massive avec ses grosses colonnes, mais plus haute car elle doit inclure la hauteur de la nef. L’ensemble est parfaitement harmonieux. De grandes statues ponctuent les sommets et les côtés de la façade, et les niches abritent des bustes et des statues.

A voir aussi la coupole immense de la croisée du transept, très haute, surmonté d’un Christ Rédempteur sur une lanterne.

Comme tous ses semblables ici, le campanile a eu une vie agitée. Le tout premier s’écroule en 1422 sous la force d’une tempête violente. On le reconstruit en 1467 et il s’effondre de nouveau en suite à l’effondrement de 1726 du coup on le reconstruit en 1729 (par Scalfarrotto) mais, pas décidé à rester debout, il s’écroule encore en 1774 ! Celui qu’on voit date de 1791. En 1993 l’ange en bois au sommet subit la foudre, il réside depuis dans l’église (près de la billetterie pour le campanile).

Il est doté maintenant d’un ascenseur, donc pas d’excuse pour y monter, de préférence le matin.

Intérieur

L’intérieur est blanc, comme la façade, ce qui diminue l’énormité des colonnes aux chapiteaux corinthiens supportant l’édifice. La basilique est en croix latine avec deux chapelles latérales immenses. Sur les côtés on trouve 6 autels en vis-à-vis, munis de la même décoration en pierre. Les retables sont peints par d’éminents artistes (Palma le Jeune, Matteo Ponzone, Sebastiano Ricci, Leandro Bassano, entre autres). Une seule statue, de la Vierge à l’Enfant, par Girolamo Campagna.

Les trois nefs sont séparées par d’énormes colonnes carrées, qui se prolongent jusqu’au chœur. Les nefs latérales sont arrêtées par des autels latéraux, derrière se trouvent du côté gauche la sacristie, l’accès au campanile, de l’autre la chapelle de la Déposition et la salle du Conclave.

Le chœur est majestueux, au centre de l’espace restreint de la nef principale après la grande coupole très haute. De chaque côté, deux grandes toiles du Tintoret, la Manne et la Cène.

Le maître-autel est luxueux au-dessus de ses quelques marches qui lui font dominer l’espace. Il est orné de deux anges magnifiques en bronze. Au centre sur le tabernacle, trône un globe doré soutenu par les 4 Evangélistes et Dieu le Père au-dessus, de Girolamo Campagna.

Derrière le chœur en prolongement on trouve le chœur des moines avec de magnifiques stalles sculptées, et des niches abritant des Prophètes. Au centre un Saint Georges (il y en plein ici, moins que sur les murs des maisons de Venise, mais quand même …).

Evidemment les visites de la sacristie et du campanile sont tout à fait obligatoires si l’on vient ici. Et en particulier, les vues depuis le sommet du campanile sont plus belles, franchement, que celle depuis le campanile de Saint Marc. Et attention aux oreilles, quand les 6 cloches du beffroi se mettent en branle ! Dans la chapelle de la Déposition, on verra le dernier tableau éponyme du Tintoret.

L’église a abrité le conclave en 1799, menant à l’élection du Pape Pie VII. A cette époque Rome était occupée (ou prêt de l’être) par les Français et il avait fallu externaliser (rare) le conclave. Il en reste des souvenirs à l’intérieur (drapeau, objets, tableaux). Bien que non présentée ici (faute de visite possible ce jour-là), la salle du Conclave est parfaitement restée telle quelle, avec des stalles portant sur chaque siège le nom du cardinal lors du conclave. Elle possède aussi un magnifique Saint Georges (terrassant le dragon bien sûr) par le spécialiste du genre, Vittore Carpaccio, de 1516.

La visite des jardins derrière l’église est aussi un must, on y reviendra lors de la présentation de la Fondation Cini dans un autre guide en images. On peut se réserver une journée entière avec la visite de la Fondation, possible depuis 2018 et très intéressante, et les alentours (labyrinthe, bâtiments d’exposition d’art, les jardins et les chemins autour de l’île).

Adresse : Ile de San Giorgio Maggiore, San Marco

Horaires : Avr-Oct, 09:00-19:00, Nov-Mar 08:30-18:30

Rev3 08/04/2019

Depuis la Piazzettta ou le campanile de Saint Marc, l’île semble entièrement occupée par la longue basilique et son très haut campanile. Il existait une petite église en 790, l’île appartenait aux Memmo.

Ils vendent l’île à un Bénédictin (Morosini). Les religieux la développent avec un monastère en 1109. Les dons affluent.

Le campo devant est très grand (pour accueillir les processions annuelles ?) Ici l’entrée vers le monastère (visitable depuis 2018, à faire). Palladio a conçu l’église en 1565, mais elle sera terminée en 1610 sous la direction de Simone Sorella.

Façade triangulaire à 4 colonnes et un double fronton pour les trois nefs, le plus large s’intégrant harmonieusement dans celui de la nef centrale aux piliers supportant le tympan supérieur.

Au sommet du tympan, le Christ Sauveur, 2 anges sur les côtés. Sur la coupole une lanterne avec le Rédempteur au-dessus.

A gauche Tribuno Memmo (23 ème Doge), et statue de San Stefano (Giulio dal Moro), Sur la porte, lesarmoiries du Pape Pie VII (élu en 1800 après le conclave mené ici).

Statue de Saint Georges (Dal Moro), catafalque de Sebastiano Ziani (19ème Doge) (Albanesi, 18ème).

L’intérieur est en croix latine avec un grand transept. La nef centrale est séparée des nefs latérales par de lourdes colonnes. L’intérieur est blanc comme la façade.

Les dimensions sont harmonieuses, le chœur au fond est surmonté de l’orgue, et continue derrière par le chœur des moines. De chaque côté, 6 chapelles en vis-à-vis, et un transept formé de deux grandes chapelles claires.

Biennale oblige, l’église est constamment polluée par de statues grotesques sur le Campo, ou des « montages artistiques » à l’intérieur, qui la défigurent.

Ces images pour montrer l’absurdité de ces « œuvres » qui n’ont rien à faire ici quand on voit les tableaux et les statues présentes. C’est le même problème que les Grande Navi. (visite par la gauche)

Premier autel : Martyre de Sainte Lucie (Leandro Bassano), le peintre a préféré, aux classiques yeux énucléés sur une coupelle de la Sainte,

la scène précédant ce jour où, menée de force dans un lupanar par le consul romain, 1000 personnes et 1000 bœufs ne peuvent pas la faire bouger.

Plus tard, elle finit par être énucléée, et les artistes ont très souvent représenté la Sainte avec une coupelle contenant ses yeux (pas très ragoûtant). Leandro Bassano est un des fils de Jacopo qui a fait l’Adoration des Bergers en face).


2ème autel : Statue de la Vierge (Girolamo Campagna).

Troisième autel : Saint Georges et le Dragon (Matteo Ponzone).


Transept gauche : Martyre de Saint Etienne (San Stefano) (Jacopo et Domenico Tintoretto).


Beaucoup de cailloux en effet. Saint Etienne fut le premier martyr en 33 apjc. Il a été dilapidé suite aux accusations du Sanhédrin de Jérusalem qu’il avait vivement critiqué.


Autel à gauche du chœur, Résurrection et Sant’ Andrea con la Famiglia Morosini (Le Tintoret). Autel dédié à Saint André, en mémoire d’André, le fils de Vicenzo Morosini décédé. Cet autel cache la sacristie et l’accès au campanile, et referme la nef latérale gauche.

Petit tour dans la sacristie qui vaut la peine. Retable de la Présentation au Temple (Palma le Jeune). Sur les côtés, statues de Saint Marc (gauche) et Saint Georges (droite).


Horloge.

Et un Saint Georges, un. Impossible de trouver l’auteur


L’original de la statue en bois au sommet du campanile. En 1993, il a été frappé par la foudre. Il se trouve maintenant devant la billetterie du campanile.




On revient au chœur. Le maître-autel est placé sur 4 marches de marbre rouge Au centre sur le tabernacle, trône un globe doré soutenu par les 4 Evangélistes.

Il est surmonté de l’orgue qui coupe la perspective mais celle-ci est conservée avec le chœur des moines derrière.

Orgue de Pietro Nacchini (Pietro Bazzani ?), 1750, restauré en 1887 en parfait état de marche.

Les 4 Evangélistes soutenant le monde et Dieu le Père (Antonio Vassilacchi ou Girolamo Campagna ?), sur le tabernacle.

et Dieu le Père au-dessus, de Girolamo Campagna.

Sur ses côtés, l’autel est orné de deux anges magnifiques en bronze.

Une œuvre splendide de Pietro Boselli (1644).

Sur les murs, deux immenses tableaux du Tintoret : ici la Chute de la Manne (1594).


La Dernière Cène (1592-1594).

Derrière l’autel, le chœur des moines, aux stalles luxueuses, et au centre un Saint Georges en bois sculpté.

Stalles ouvragées magnifiques d’Alberto de Brule.

A droite, Saint Georges et son dragon de bande dessinée (Nicolo Roccatagliata, fin 16ème)…

A gauche, Saint Etienne.

Les niches portent des statues des Prophètes de Gasparro Gatti.

Chapelle du conclave (empruntée au site de la Fondation Cini). C’est ici que Pie VII fut élu en 1800 (Rome était occupée par les Français). Les sièges sont nominatifs.

(empruntée au site de la Fondation Cini). Un autre Saint Georges …. Mais ici on a le maître du Saint Georges, à savoir Vittore Carpaccio (1516).

Retour dans l’église, autel fermant la nef droite. Chapelle Bollani (ambassadeur en Angleterre en 1547), à droite du chœur, la Vierge sur le trône avec des Saints (Sebastiano Ricci, 1708).

Monument au Doge Domenico Michiel (Baldassare Longhena) à droite du chœur.

Vue de la nef droite.

Transept droit : le couronnement de la Vierge (école du Tintoret).


Martyres de Cosma et Damiano (école du Tintoret) (Côme et Damien sont 2 frères arabes, médecins et chrétiens fervents, guérissant et faisant des miracles sans rien demander. Ils ont une église à la Giudecca.

ils furent persécutés par Lysias en Cilicie vers 287, où ni le feu ni la lapidation ne les firent mourir. Finalement on leur trancha la tête. Ils sont les Patrons des médecins et des chirurgiens. (voir aussi à San Zaccaria et à la sacristie de la Salute).

Deuxième autel à droite. Crucifix en bois (Michelozzo).

Premier autel à droite : Adoration des Mages (Jacopo Bassano).


Il faut monter au campanile (ascenseur pratique) et admirer, mieux même que depuis celui de Saint Marc) les vues sur la lagune et la ville.




En bas, le fameux labyrinthe en buis tricentenaire.

Les cloîtres du monastère (la Fondation Cini se visite, à ne pas manquer un autre jour …).

La Giudecca à l’ouest.

La Salute au bout de la Punta della Dogana.

Nord : le centre de Venise et le Palais des Doges.

Vue Nord : la Piazza très encombrée comme d’habitude (les pauvres …).

Les Greci et son campanile penché comme à San Pietro, et la Piétà.

Au fond, Zanipolo impressionnante.

Nord Est : l’arsenal.