Itinéraires et promenades à Venise

Villas sur la Brenta (Introduction)

Les villas palladiennes sur la Brenta

Croisière sur la Brenta, de Fusina à Stra, pour découvrir le long des berges les dizaines de villas magnifiques érigés par les Nobles vénitiens sur leurs possessions en Vénétie.

Sin on connait un peu Venise et qu'on a besoin de s'en échapper une journée, la promenade en bateau (le Burchiello) est conseillée. Elle part du Bacino traverse la Giudecca et entre dans la Terre Ferme pour emprunter le canal du (de la ) Brenta qui mène à Padoue. Intérêt ? Les rives sont constellées de villas palladiennes prestigieuses et on en fait la visite de plusieurs dont le faste égale celui des palais vénitiens (les propriétaires étaient les mêmes ...).

Note : Brenta en italien est du genre masculin, j'ai préféré écrire "la" Brenta compte tenu de la finale "a" plutôt féminine en français.

La journée avec le Burchiello part du Bacino de Venise pour Padoue et sont incluses trois visites complètes de Villas (Malcontenta, Foscari, Pisani). Le trajet est très intéressant jusqu'à Stra, ensuite il faut attendre Padoue ou presque (d'où un retour possible par bus de Stra tout proche, après le pont suivant la villa Foscarini située après la villa Pisani).

Dans la première partie nous décrirons le trajet de Venise en passant par Fusina (l'entrée dans la Brenta) jusqu'à l'hôtel de ville de Mira.

La seconde partie couvrira la suite, de Mira centre à Dolo et enfin Stra.

Les villas présentées ne sont pas exhaustives de ce que l'on peut voir sur le Naviglio.

Cette introduction est reprise dans les deux parties de la croisière.

Villas sur la Brenta (Partie 1, de Fusina à Mira Centre)

Villa sur la Brenta (Partie 2, de Mira Centre à Stra)

Venise, la Terre ferme et ses voies navigables

L'histoire de Venise et de la Brenta est ancienne, longue et belliqueuse, bien avant l'installation des Nobles de Venise dans des villas somptueuses où ils venaient s'échapper de la ville puante et malcommode.

Padoue la rebelle, où naquit Tite-Live, fait partie du royaume lombard (elle est d'abord incendiée par eux en 602), et suit une politique féodale alors que Venise fait tout pour ne pas laisser le pouvoir au Doge. La rivalité grandissante pour la maîtrise des voies navigables, essentielles pour le commerce de Venise, conjuguée à la complexité des eaux arrivant dans la Lagune (Venise avait savamment canalisé les nombreux petits fleuves qui s'y jetaient pour éviter l'ensablement, réguler les courants et permettre le passage des bateaux), conduisent à une première guerre après que Padoue, pour éviter les inondations sur son territoire, la détournent en 1142 (Venise avait fait la première arriver la Brenta de force dans la Lagune des années avant). Les mercenaires payés par la Sérénissime matent Padoue.

Venise devient alliée de Padoue en 1167 contre Barberousse dans la Ligue des Communes Lombardes. En 1124 nouveau conflit entre les deux villes. En 1310, l'insurrection ratée de Baiamonte Tiepolo est assistée d'un certain Badoer arrivant de Padoue, qui est aussi arrêté ensuite près de Padoue.

En 1373, les Autrichiens font soulever contre Venise les Hongrois, Ferrare et Padoue. Padoue est vaincue. Mais les Autrichiens reviennent, les villes de la Terre Ferme se révoltent de nouveau, Venise est encerclée. Par miracle la flotte génoise est battue aux portes de Chioggia (l'entrée de la Lagune et revient dans l'Italie du Nord (Frioul et Vénétie), mais après plusieurs imbroglios et alliances dans tous les sens, Milan récupère Padoue.

En 1405 Venise envahit de nouveau Padoue, et récupère aussi tous ses territoires de Terre Ferme (Trévise, Vérone, Feltre, Vicence), et même plus loin avec Bergame, Brescia, particulièrement sous le Dogat de Francesco Foscari dès 1424 (qui ruina Venise avec des guerres incessantes avec Milan, les Turcs, Gênes et les Hongrois). A part Crème et Ravenne, perdues peu après, ces territoires resteront stables pendant plus de 300 ans (avec des intermèdes guerriers extérieurs comme l'envahissement par les Français en mai 1509, mais Padoue est reprise en juin par Andrea Gritti). La concurrence sur les mers (guerres de course, pirates dalmatiens ou maltais, voire arabes et maghrébins) mais aussi des marchés qui s'ouvrent, et des villes comme Gênes, Pise, Amsterdam, Londres, devenues de redoutables navigateurs et marchands), font que la puissance maritime de Venise s'affaiblit, et les Nobles s'intéressent de plus en plus à l'exploitation des possessions de la Terre Ferme.

Venise y modernise l'agriculture, fait prospérer les villes avec des industries innovantes (armes, dentelles, bijoux, soieries), elle rationalise le commerce et les échanges avec les pays de l'Europe du Nord. Et tout naturellement les Nobles y font construire des villas-fermes sur d'immenses territoires qui sont savamment cultivés et exploités, avec des milliers d'ouvriers paysans. Ces revenus sont stables et sans risques, au contraire des expéditions commerciales pouvant durer 6 mois ou deux ans, aux énormes risques et nécessitant de gros investissements. Ces villas deviennent des résidences d'été somptueuses. Elles sont bâties par les plus grands architectes et décorées par les meilleurs peintres du moment.

Au début du 16ème siècle en pleine Renaissance, le style gothique cède la place à l'Antique (le Classique issu des Romains) en architecture. C'est le règne d'Andrea Palladio. Il est Padouan ! Né le 30 novembre 1508, devenu un opposant farouche au gothique, il prend la succession de Sansovino comme Architecte en Chef de la Sérénissime en 1570. De 1553 à 1580 (il est mort le 19 août à Vicenza), on lui attribue plus de 65 édifices. Parmi les plus connus à Venise, on compte les églises de San Giorgio Maggiore, le Redentore, et les façades de San Francesco della Vigna et de San Pietro di Castello. Les villas palladiennes (plus de 100, y inclus celles bâties beaucoup plus tard) se trouvent principalement dans la province de Vicence, de Padoue, de Vérone, Udine et autres villes du Nord de la Vénétie, et 24 sont incluses dans la liste Unesco du Patrimoine mondial. A Vicence, le théâtre olympique est sa dernière œuvre, qui sera achevée après sa mort par son fils et par Scamozzi.

Palladio fait republier en 1556 le "De Architectura" de Vitruve (écrit en -25 AVJC et composé de 10 Livres couvrant absolument tout ce qui concerne la construction de l'époque romaine fastueuse, les styles, les matériaux, les proportions, les types d'édifices, les écoulements, la décoration, l'utilisation de l'eau dans les jardins, etc. !).

Il sort lui-même ses "Quatre Livres de l'Architecture", une véritable Bible de cette nouvelle architecture qui rayonnera sur toute l'Europe des architectes pendant plusieurs siècles comme ouvrage de référence. Palladio a beaucoup travaillé sur les façades qui à Venise sont évidemment le signe de la prospérité des habitants des Ca' et des villas : les frontons à triptyques (inspirés d'Alberti et des Romains) sont agencés de diverses manières, avec des balustrades et des serliennes (fenêtres à 3 baies dont la centrale est munie d'un arc en plein cintre, les autres étant rectangulaires), inspirées de Serlio leur inventeur premier.

Avec son style architectural, directement issu de l'architecture romaine de Vitruve mise à jour en plus moderne et plus majestueuse, Palladio est la coqueluche de Venise. Les Nobles vénitiens et de Terre Ferme lui commandent villa sur villa dans les campagnes de la Vénétie (on en compte au moins 29 de lui, dont 24 sont inscrites au Patrimoine mondial de l'UNESCO, mais des centaines d'autres villas sont bâties ensuite au cours des siècles en suivant les principes palladiens : frontons triangulaires, pilastres grecs, serliennes, matériaux assez simples). Chaque villa est un monument unique avec des trouvailles extraordinaires. Palladio n'a jamais travaillé à l'étranger mais a inspiré des milliers de bâtiments dans toute l'Europe dans les siècles suivants (y compris une villa "palladienne" à Syam en pleine forêt jurassienne, ou les Salines d'Arc et Senans édifiées sous Louis XV sur des plans de Claude-Nicolas Ledoux en 1775), et des centaines d'architectes jusqu'à nos jours (Ricardo Bofill pour ne citer que lui au 20ème siècle).


Histoire des villas sur la Brenta

Le "Naviglio" (naviglio della Brenta, Riviera della Brenta) est une voie navigable qui reliait la lagune de Venise et Padoue (en fait de Fusino sur la lagune jusqu'à Stra, et il est prolongé en ligne droite sur Padoue par le canal Piovego), qui a été beaucoup utilisé comme un lien de communication. En plus du transport de personnes, il a été utilisé à des fins commerciales, ainsi que pour le transport de marchandises et de matières premières pour de nombreuses entreprises commerciales dans la région. Le fleuve Brenta a été dévié vers le sud pour se jeter dans l'Adriatique au sud de Chioggia et bien d'autres canaux ont été construits depuis, mais les canaux entre Padoue et Venise portent encore ce nom.

Les nobles utilisaient comme moyen de transport le "Burchiello", un bateau (coche) remorqué à partir du

rivage par des hommes ou des animaux de trait, souvent richement décoré. Pour les marchandises, on utilisait le bateau appelé "Burchio" (les chalands). Des écluses (peu nombreuses) permettent les changements de niveau, et Léonard de Vinci en améliora les portes avec des nouveautés décisives pour leur construction et leur maniement : les "ventelles", sorte de petites trappes au fond des portes, s'ouvrent très facilement pour laisser entrer ou sortir l'eau avant d'ouvrir les portes sans effort sur les structures, et les portes "en biseau", qui font un V devant la masse d'eau et sont donc beaucoup plus résistantes à la pression.

Les "villas" vénitiennes étaient les résidences d'été des patriciens vénitiens, principalement construites entre le 15ème et 19ème siècle. Les nobles Vénitiens ont dépensé d'énormes fortunes pour construire leurs magnifiques villas.

La structure typique de la villa rappelle très souvent celle du palais classique vénitien à 3 étages dont le premier est l'étage noble contenant le salon luxueusement décoré. La villa est composée d'un corps central, très élaboré et luxueux, sans chauffage, principalement pour une utilisation estivale, souvent sans cuisine. Dans les environs immédiats il y avait la Barchessa (grange ou dépendance), où les activités de travail se passent : la cuisine, domestiques et paysans étaient situés dans la Barchessa (le terme grange est restrictif). Et surtout, la place ne manquant pas, des chapelles et oratoires, des casini, des champs de culture (pas toujours), et des parcs immenses aménagés avec des étangs, des labyrinthes de buis, des jeux d'eau, des cédraies, des serres, des collines artificielles cachant des glacières, des orangeries pour les plantes exotiques, et des statues (surtout dans la période faste de Versailles fin 18ème), avec des palais et des jardins qui imitaient le luxe versaillais. Inutile de préciser que les plus grands peintres, sculpteurs et décorateurs du temps étaient mis à contribution pour les fresques, statues et aménagements.

Quelques références :

La merveilleuse Riviera del Brenta Paolo Tieto - 2014 - ‎Travel

Beniculturali_1257860310244_Veneto.pdf

http://www.rivieradelbrenta.com/itinerari.php?lang=ita

http://www.veneziasi.it/en/venetian-villas

http://www.annacasa.com/eng/villas.asp#

http://www.ilburchiello.it/fr/tour