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Mon livre "Les petits secrets du Grand Canal"
ISBN 978-88-6869-480-7
Suite à mes conférences à Lyon sur Venise, j'ai présenté 3 sessions concernant les petits secrets qui se cachent derrière les façades des palais lorsque l'on prend le vaporetto depuis la Piazza : légendes, miracles, drames, évènements insolites.
19 lieux, 19 histoires souvent drôles, à découvrir avec autant de délicieuses ou sombres surprises. Et aussi l'histoire de ces palais, campielli ou églises qui parsèment de Grand Canal.
Il est publié à Venise, en français, par la maison d'édition SUPERNOVA, basée au Lido, qui est un éditeur italien spécialisé en particulier sur Venise et la Vénétie, avec plus de 100 ouvrages, essentiels pour connaître la ville.
Comment se le procurer
Si vous êtes à Venise, le livre est disponible dans toutes les librairies, ainsi que dans les musée de Venise.
Si vous résidez en Italie, vous pouvez l'acquérir sur la page web de l'éditeur au prix de 15 euro + les frais de port :
https://supernovaedizioni.it/catalogo/les-petits-secrets-du-grand-canal
Si vous êtes en France, j'ai fait venir des exemplaires du livre, afin de minimiser les frais de port entre Italie et France.
A Lyon, contactez moi directement, on trouvera un moyen d'éviter les frais de port, son prix est de 11 euros (avec bénéfice 0 car mon bénéfice est le grand plaisir de l'avoir produit).
Autrement la seule solution économique est l'envoi par Mondial Relay, qui met le coût à 16 euros
Mon adresse email (un peu arrangée pour éviter les spams, mais vous saurez retrouver la bonne suite de caractères)
jeanclaude.syre @ gmail.com
Pourquoi ce livre
Ce livre est le résultat de très nombreux voyages sur le Vaporetto numéro 1 qui longe le Grand Canal dans un sens et dans l'autre. A force de voir, d'admirer ces palais magnifiques, la question s'est posée de savoir ce qu'il avait bien pu se passer derrière ces façades byzantines, gothiques, classiques ou baroques pendant toutes ces années. Une sélection volontairement restreinte par rapport à tout ce qu'on peut lire par ailleurs, qui donne quelques exemples concrets des petits secrets qui se cachent derrière ces façades, toujours de manière ludique et attachante.
Table des matières
Chapitre 1 De la Piazza au Rialto
Comment les colonnes de la Piazzetta ont été érigées
Le Ridotto de l’hôtel Monaco Grand Canal
La sacristie de l’église de la Salute
Palazzo Dario, maudit soit son occupant
Le musée Peggy Guggenheim aux étages interdits
San Vio et la Comtesse qui marchait sur l’eau
Palais Loredan : la légende de l’homme à la pipe
Le Rialto met le feu aux Camerlinghe
Chapitre 2 Du Rialto a la Pescheria
La tête d’or au Rialto
Le Fondaco dei Tedeschi
Le Campiello del Remer au Rialto
La Ca’Sagredo
La Pescheria au Rialto
Chapitre 3 De san Felice a san Geremia e Lucia
Le graffiti du rat vers San Felice
A San Stae la jeune Comtesse adultère
La devise sur la façade du palais Vendramin Calergi
A San Marcuola, les morts ont de l’esprit
A Labia, la vaisselle dorée se jette à l’eau
Lucie l’emporte inexorablement sur Jérémie
Extraits (très résumés)
Comment les colonnes de la piazzetta ont été érigées
On en voit deux, il y en avait trois, et leur origine est incertaine : soit par le Doge Domenico Selvo revenu d’Egypte, soit par le Doge Domenico Michiel en Croisade à Césarée (ou Tyr ?), en 1122, ou même de Constantinople !
C’était l’habitude, au retour des conquêtes, on chargeait les bateaux avec des butins impressionnants.
Le débarquement au Bacino fut compliqué. Une colonne disparut dans l’eau et ne fut jamais remontée. Les 2 autres restèrent couchées à l’horizontale pendant 50 ans, on ne savait pas comment les redresser.
Mais Nicolo Lombardo, un architecte lombard novateur, était venu rehausser le campanile avec la cellule des cloches en utilisant d’ingénieux systèmes de poulies et de contrepoids pour monter les matériaux en haut. En 1172 il propose une solution invraisemblable au Doge, qui lui promet ce qu’il souhaite s’il réussit : attacher depuis les hauteurs de grosses cordes aux bouts des colonnes reposant au sol. Une fois tendues très fort, on asperge les cordes d’eau : leur diamètre augmente et donc leur longueur raccourcit : elles soulèvent alors les colonnes de quelques centimètres. On y pose des cales, et on continue l’opération jusqu’à ce que les colonnes soient redressées.
Cela marcha en effet, et ce Nicolò Barattiero ou Barattieri (qui signifie troc) demanda en récompense la permission du Doge Sebastiano Ziani d’ouvrir un cercle de jeux juste entre les colonnes levées, bien que les jeux fussent interdits. Mais plus tard, aussi excédé que roublard, le Sénat décida que les Nobles condamnés seraient exécutés entre les deux colonnes. On décida ensuite d’y exposer les cadavres, et du coup la pratique des jeux cessa faute de clients. A noter que Nicolo Lombardo fut l’architecte du premier pont en bois construit au Rialto !
Digression : La Vieille au mortier, située juste derrière la tour de l’Horloge de la Piazza, que personne ne regarde mais qui le mériterait par son anecdote décisive.
Lors de la conjuration de Baiamonte Tiepolo en juin 1310, des groupes d’insurgés attaquèrent la Piazza de tous les côtés, et un groupe arriva par la Merceria qui donne sur la Piazza en passant sous la tour de l’Horloge. Mais le Doge avait été prévenu la veille au soir de l’attaque du Palais et ses soldats (des Arsenalotti bien entraînés) les repoussèrent. En reculant dans la Merceria les insurgés ne virent pas une femme à son balcon, Giustina Rossi, qui n’hésita pas à balancer un mortier sur la tête du meneur. Et cela provoqua une débandade et ensuite un carnage vers le Rialto où Tiepolo était réfugié. Il passa le Rialto et le détruisit mais fut pourchassé et pris.
Cette femme au mortier est encore visible sous sa fenêtre avec le petit haut relief qui rappelle l’évènement. Le Doge, reconnaissant mais pingre, lui offrit en récompense le loyer à vie de son appartement.
Le Rialto met le feu aux Camerlinghe
Ah ce Rialto ! Il n’a pas été toujours comme ça, et jusqu’au 12ème siècle, le seul passage possible entre l’est et l’ouest de Venise était ici, sous la forme d’un pont de barques. On l’appelait le Quartarolo (un quart de denier), du nom de la pièce de monnaie demandée pour le traverser. Attachées entre elles avec des cordages, on les déliait pour laisser passer les galères et galéasses vers les entrepôts (les fondachi) des commerçants.
Puis en 1172, on construisit un pont en bois, pentu et assez haut pour que son petit pont levis au sommet laisse passer les mâts des bateaux. Mais en 1310, Baiamonte Tiepolo incendie le pont pour couper la route aux soldats qui le poursuivent. On le reconstruit, toujours en bois et il s’écroule en 1444 sous le poids des curieux amassés voulant voir le défilé sur l’eau du mariage de la marquise de Ferrare. Et on le reconstruit, presque à l’identique. Et il se dégrade de nouveau en 1472, en 1499, entraînant de lourds travaux. Et il s’effondre de nouveau en 1524 !
Finalement en 1528, un concours est organisé pour faire un pont de pierre, parmi les candidats on trouve Michel-Ange, Sansovino, et Andrea Palladio. Ces projets furent refusés car ils comportaient plusieurs arches, incompatibles avec le passage des bateaux. Ensuite le projet traîne en longueur durant … 60 ans, à cause des pestes, des guerres, et des finances exsangues ! Finalement, c’est Antonio da Ponte qui est choisi en 1588. 12000 pieux soutiennent cet ouvrage de 8m de haut et son arche de 48m, terminé en 1592 (les boutiques l’envahirent plus tard).
Jusqu’en 1854 il reste le seul moyen de traverser le Grand Canal à pied. Plus tard on trouve le pont de l’Accademia en bois, mais jamais transformé en pierre, le pont des Scalzi en face de la gare, et le nouveau pont joignant la gare au terminal routier (magnifique, que les Vénitiens détestent).
Chaque année, plusieurs dizaines de millions de photos sont prises sur, devant et derrière le pont. Et personne ne pense à photographier ce qui va nous intéresser ici, à savoir la concrétisation de l’histoire inimaginable de ce couple prétentieux dont les paroles inconsidérées ont été imprimées dans la pierre d’un palais longeant le Rialto.
Il se trouve que les atermoiements pendant 60 ans agaçaient fortement la population, et quand sa construction fut décidée, beaucoup doutaient encore de sa concrétisation. En particulier, un couple de bourgeois vénitiens se gaussait de l’affaire. Tout à côté du pont se trouvait le Palais des Camerlinghe, construit en 1488 et agrandi en 1528 après un incendie.
Camerlinghe ? C’étaient, au premier étage, les fonctionnaires du Rialto chargés de la Trésorerie de l’Etat, ils contrôlaient les taxes dues par les commerçants chargeant et déchargeant les bateaux dans les entrepôts. Ceux qui fraudaient avaient droit à un séjour dans la prison au rez-de-chaussée.
Ce couple donc un jour, déclara à un Camerlinghe que le pont ne serait jamais construit.
Le mari dit : qu’il me pousse des ongles entre les cuisses quand ce pont sera fini !
Et sa femme renchérit : et moi, pareil, que le feu me brûle l’entrejambe !
Bon. Le pont fut bien construit, et les Camerlinghe se sont souvenu de ces déclarations, en immortalisant ces propos sur les deux chapiteaux de leur palais longeant la calle dei Orefici après le pont. Les personnages ont les cuisses écartées, et ce qu’ils avaient promis un peu vite est parfaitement décrit. Très très peu de gens les remarquent, parmi les millions qui passent devant le palais des Camerlinghe.