Récits et Légendes de Venise

L'arrivée de Saint Marc à Venise


L'appropriation de la dépouille de Saint Marc par Venise a profondément marqué la renommée et la nature même de la cité. Il y a eu un avant, et un après Saint Marc à Venise. Avant et bien avant encore, Venise n'existait même pas sur le papier, hormis une peuplade locale pseudo romaine appelé les Vénètes mais occupant les rives extérieures de la lagune, et pas les marais putrides, ensablés et mouvants.

Car l'origine de Venise est déjà un roman improbable. Certains disent l'an 421 (ils disent même le 25 mars, exactement !), un jour où des Consuls de Padoue viennent fonder (avec un comptoir de commerce) la "première" église de cette bourgade, appelée l'église de San Giacomo et située au Rialto. Mais San Giacomo, qui existe toujours, entre le bâtiment des Camerlinghe et les Fabbriche Vecchie à Rialto, n'est pas la première église. On sait que San Matteo et San Giovanni existaient déjà à l'époque. Et puis en 421, une fois les Alamans, et surtout Amalric roi des Goths partis vers d'autres contrées, France, Espagne, Grande Bretagne, les quelques centaines d’habitants venus se réfugier dans ces marais regagnent leurs chaumières sur la Terre ferme (en attendant la prochaine invasion de Barbares).

Et plus tard, d'autres hordes s'abattent sur ce passage entre l'orient et l'occident : Ostrogoths, Huns, et surtout les Lombards venus du Nord, tout cela entraînant des cités rasées, et des populations fuyant se mettre à l'abri dans les îlots innombrables de la lagune, totalement inaccessibles aux bateaux de guerre, et sans intérêt par ailleurs pour les armées.

Alors des villages disparaissent avec le temps. Oderzo existait déjà en -950. Devenue romaine avec 50000 habitants, elle fut détruite plusieurs fois par les invasions barbares. Saint Magne son évêque eut les 8 visions miraculeuses et légendaires qui lui dictèrent vers 650 où les grandes églises de Venise devaient être construites. Elle est rasée par les Lombards en 657 et ses habitants fuient vers Rivus Altus, le futur Rialto à l'origine de Venise.

Eraclea (Héraclée ou Eraclée, appelée lors de sa création Cittanova), est créée aussi par des réfugiés d'Oderzo au 6ème siècle, elle devient capitale de la République de Venise avant que celle-ci ne soit transférée à Malamocco en 742, (puis à Venise en 812).

Aquilée est créée par les Romains en -181, puis devient un foyer religieux très important du Frioul. Elle est rasée par Attila en 452. On en reparlera plus loin.

Torcello est une île entre Aquilée et Venise, créée par des réfugiés d'Aquilée, aujourd'hui déserte mais renfermant une splendide église byzantine avec en contre-façade un Jugement Dernier impressionnant et une coupole de chœur ornée d'une mosaïque aussi avec la Vierge byzantine magnifique.

D'autres cités apparaissent et disparaissent au gré des invasions, des calamités météorologiques, des tremblements de terre et des inondations.

Les sauniers et les pêcheurs commencent à commercer avec la Dalmatie, le Frioul, voire plus loin, les bois et les pierres s'échangent entre les rives de l'Adriatique. Bref le business décolle, la population s'installe en apportant même les pierres sculptées (les fameuses patères qui tapissent les murs de Venise) de leur logis démoli. Et finalement, des communautés se forment avec à leur tête un chef. Ils se réunissent pour une politique plus cohérente de la région pour gérer les fleuves, la lagune et ses canaux, le commerce, les relations avec Byzance, etc. Ceci n'empêche pas des assassinats en série et des familles qui s’entre-tuent.

D'autres annoncent comme date de naissance l'an 697. C'est la date où l'on sait à peu près que les habitants de ces îles (pas toutes encore reliées, asséchées) décident de nommer un seul chef, le Duc, ou Doge, au lieu d'un grand nombre de petits chefs régnant sur quelques îlots. C'est également sujet à caution puisque rapporté par le Diacre Paul bien plus tard. Il cite l'élection du Duc Paulicius (rebaptisé à la sauce vénitienne avec un nom inventé Paulo Lucio Anafesto (697-717), qui vient d'Oderzo déjà citée) à la tête de la région lagunaire. Ce Doge est élu par la population (du moins au début), pour la vie. Il est entouré de conseillers qui veillent à la démocratie du système. Mais comme précédemment les assassinats et prises de pouvoir par la force continuèrent gaiement pendant quelques siècles et rares furent les Doges mourant de vieillesse dans leur lit. De l'an 700 à 820 on compte 11 Doges : un est assassiné, 4 aveuglés et déposés, et 3 exilés. Byzance fait la moue, interdit même cette élection en 737 pour nommer elle-même son représentant. Mais Byzance la rétablit en 742 suite à une émeute qui aveugle et exile le Représentant de l'Orient en place (même punition que les précédents, fût-il Byzantin).

Au 8ème siècle, Venise est maintenant constituée. Pas encore la cité magnifique qu'on connait : un château fort en bois, la Piazza est un jardin potager des religieuses de San Zaccaria, elle coupée en deux par un rio. La Piazzetta devant le Palais est une darse où entrent les bateaux (elle sera comblée au 12ème siècle), les maisons sont en bois, c'est encore bien fangeux partout, Des ponts de bateaux enjambent les îlots qui sont alignés, asséchés, rassemblés, et habités de plus en plus. Mais le vrai pouvoir est à Malamocco tout au sud du Lido, même si le Rialto devient une place marchande considérable. Ce n'est qu'en 810-811 que le gouvernement est transféré à Venise, avec la nomination du Doge Agnello Partecipazio en 811. Cette année 811 peut donc être considérée comme la vraie date de naissance de la future puissante Venise.

Mais il y avait au moins trois raisons de faire (mais plus tard, en 828) un coup avec Saint Marc pour asseoir définitivement le pouvoir et la puissance de Venise.

D'abord il y a un gros problème avec Aquilée. Cette ville est située tout au fond de l'Adriatique au nord, c'est un carrefour privilégié de routes commerciales nord-sud (laine, cuir, métaux, bijoux) et est-ouest (bois, soie épices, esclaves). Elle est capitale de la Vénétie depuis des siècles, un centre administratif important, et Théodore y fonde vers 315 une église. Il en devient l'évêque et le grand évangélisateur des régions à l'est (Hongrie, Balkans). Souvent ravagée par les Barbares, elle fait néanmoins de l'ombre à Venise en pleine croissance. En particulier parce que cette ville revendique le siège du Patriarcat de la Vénétie, incluant Venise, mais elle avait obtenu ce statut suite à un synode organisé ici au 4ème siècle quand Venise n'était pas encore inventée. Plus tard en 774 elle devient même une « Marche » (ou marquisat) de l'Empire carolingien, qui va jusqu'à Vienne (Charlemagne y était passé). C'est tout ce que ne voulait pas Venise, très attachée à la démocratie et détestant le système féodal auquel elle avait échappé en se ralliant à Byzance. Pour appuyer ses revendications, Aquilée se targuait en plus d'avoir reçu Saint Marc qui voyageait par là il y a un certain nombre d'années (environ 750 ans mais la valeur n'attend pas le nombre des années …).

Ensuite, Venise, depuis son origine, avait pour patron un autre Théodore. Venise ne faisait pas le poids avec son Théodore, par rapport à Aquilée ou Rome.

Théodore d'Amasée, c'était un guerrier byzantin grec qui vivait au 4ème siècle, c'était un Saint sans grande envergure, avec une espèce de crocodile-démon sous le pied. Le Théodore de la Piazzetta est en fait un "Saint Georges" bricolé provenant d'une statue gréco-romaine du 1er siècle, avec une tête venue d'ailleurs et d'autres éléments datant du moyen-âge.




C'est une copie qui se trouve sur la colonne, et l'original se trouve sous les arcades du Palais des Doges. Théodore, on le retrouve tout de même dans l’église San Salvador dont il fut le premier Patron (voir ci-dessous).

Chapelle à droite du choeur, dédiée à Saint Théodore (Teodoro, le premier patron de Venise), sur le mur droit, le Martyre de Saint Théodore (mi 16ème) école de Bonifacio de Pitati.

Une urne contient le corps du Saint, ramenée à Constantinople par Jacopo Dauro en 1257 de l'église de Messembria en Asie Mineure, puis transportée à San Salvador par son frère Marco habitant la paroisse.

Bref, Théodore, ça faisait une sculpture ou deux (l'autre se trouve au campo Santa Margherita), ça ne cassait pas trois pattes à un canard. Et honnêtement en dehors de Venise cela faisait plutôt rigoler comme emblème de grande cité. Giustinio (Justinien) Partecipazio, le 11ème Doge de Venise, le sait bien.

Enfin se rajoute aussi une troisième histoire, liée à la franche animosité entre Venise et Rome. Cela a duré 1100 ans. Venise a toujours et farouchement affirmé son autonomie, en nommant elle-même ses évêques et ses religieux, en imposant qu'aucun religieux ne puisse obtenir une charge laïque dans le gouvernement, en refusant les injonctions papales lors des guerres innombrables entre états italiens (Gênes, Pise, Ferrare, Milan, Padoue, Ravenne, et les états pontificaux), et en étant plusieurs fois excommuniée (ce qui permettait la saisie des biens fonciers et commerciaux des Vénitiens, et interdisait aux clercs de faire les célébrations, ce qui n'était pas rien). Venise a toujours résisté et obtenu gain de cause face au Pape, en déployant une diplomatie incroyable pour l'époque.

C'est là que le Doge Giustiano Partecipazio eut l'idée de génie pour asseoir sa supériorité et en finir avec ces trois questions qui minaient la puissance potentielle de la nouvelle République: rapatrier la dépouille de Marc depuis l'Egypte et la mettre dans une cathédrale à sa grandeur. Et le tour était joué. Très gonflé comme stratégie. Aujourd'hui on ne prendrait pas autant de risques, non ?

L'histoire est racontée dans les portails de la façade de la basilique Saint Marc. Même si ces mosaïques datent du début du 17ème siècle, elles illustrent une aventure totalement rocambolesque digne des meilleurs thrillers. Voici cette aventure (et sachez que des variantes existent comme pour toutes les histoires à Venise).

Début 828, deux marchands vénitiens, Rustico de Torcello, et Bon de Malamocco partent en mission pour Alexandrie, sous l'impulsion et les finances du Doge. Quand à Saint Marc (de son vrai nom Jean), c' est un juif de Cyrène, un contemporain de Jésus Christ, qui a écrit le premier des 4 évangiles (ce qui est contesté par certains). Après de multiples péripéties avec Pierre, Paul, Barnabé, en Chypre, à Rome et Jérusalem, Marc part pour sa région natale la Cyrénaïque (Lybie-Egypte), et fonde l'église d'Alexandrie. Il en devient le premier évêque jusqu'en 62. A noter que l'église orthodoxe et de toute l'Afrique se réclame de Marc (6 autres églises orthodoxes se réclament d'autres apôtres ou évangélistes : Antioche par Pierre et Paul, Chypre par Paul, Jérusalem par Jacques, Constantinople par André etc).

Marc évangélise à tout va, et son succès ne plait pas : il est arrêté et martyrisé par des idolâtres à Bucoles, petit port de pêche près d'Alexandrie. On le traîne enchaîné dans la ville et on lui brise les membres sur des rochers. Ses reliques auraient été conservées dans une chapelle de ce port.

Petite digression : le lion qu'on attribue à Marc comme allégorie est l'animal du désert qu'il cite lui-même au début de son évangile. A noter que ce lion possède des ailes (peut-être parce qu'au départ on aurait donné à Marc l'aigle comme symbole).


Celui qu'on voit sur l'autre colonne de la Piazzetta est une chimère, statue étrusque du 4ème siècle (le meilleur c'est qu'il tourne le dos à Saint Théodore !!). Ce lion prit la route de la France quand Napoléon envahit la ville en 1797, mais les Autrichiens prenant leur revanche sur lui en 1815, le ramènent sur sa colonne (comme les chevaux de bronze) à Venise.

Le Doge Partecipazio, on ne sait trop comment, convoque donc ces deux marchands et leur explique le topo sous le serment du secret absolu. Bon, ils obéissent et traversent la Méditerranée, direction le port de Bucoles. Une fois arrivés, ils s'aperçoivent que les Musulmans sont en train de semer la terreur dans la région et d'imposer le Coran et la nouvelle religion à toute la population, et cela passe par la destruction des églises chrétiennes. En gros, ça urge un peu.

Alors ils soudoient le curé de la paroisse de Bucoles qui les laisse entrer une nuit dans son église. Ceux-ci déterrent le tombeau de Marc et y prennent sa dépouille (au bout de 750 ans environ on se demande ce qu'il en reste), y mettent celle de Saint Claude (un Saint plus obscur et sans envergure pour les Vénitiens, sauf pour les habitants de Saint Claude dans le Jura).


Sur la façade de la basilique, la niche de droite (chapelle Zen) montre les deux navigateurs Rustico et Bon extirpant (côté droit de la voûte) le corps de Marc de son tombeau (il a encore des jambes sous le drap), devant les yeux horrifiés du curé. Sur la voûte côté gauche, ils semblent faire entrer le corps de Marc dans un grand panier d'osier. Mais alors comment le transporter au bateau, compte tenu des centaines de Musulmans tatillons, suspicieux et paranoïaques qui traquent les marchands et taxent leurs marchandises? C'est là le génie des deux Vénitiens : ils le placent sur une charrette, et le couvrent de sacs contenant des morceaux de porc. Oui, le porc est une horreur pour les Musulmans, qui ne doivent pas le toucher au risque de se souiller pour toujours.

Les douaniers musulmans les arrêtent pour contrôler le panier mais très vite ils se pincent le nez et s'écartent violemment car le corps est caché sous d'épaisses couches de viande odorante. Les douaniers accompagnent le convoi jusqu'au bateau, mais sans le toucher, en poussant des cris "KANZIR, KANZIR" (impur, abomination!) et les marins le chargent, pour s'en aller aussitôt en essuyant bien leur front et en poussant un grand Ouf. Dans la lunette semi circulaire, on les voit traversant la rue vers leur bateau, entourés des douaniers horrifiés. Les deux marchands qui leur montrent le panier ouvert les regardent d'un air innocent et benêt pour ne pas les alerter du stratagème. Pour préparer cette mosaïque, des esquisses ont été faites, pour celle-ci, on a retrouvé l'esquisse dans l’église de Sant’Alvise au Nord de Cannaregio.

Pour donner du piment au voyage retour, on dit aussi qu'une énorme tempête faillit renverser marins et cargaison, mais que le Christ apparut pour calmer les vagues en furie et accompagna le bateau jusqu'en Adriatique.

Pour parfaire le tout on inventa une autre légende comme quoi Marc serait venu s'échouer sur une ile de la lagune et là, un ange lui serait apparu en lui disant "Pax Tibi, Marce Evangelista Meus" (paix sur toi, mon Evangéliste), qui est devenu la maxime dans toutes les représentations de Saint Marc et de son Lion. Des malins y ont ajouté : "Hic requiescet corpus tuum" (ici repose(ra) ton corps). Et une autre légende raconte que Marc est apparu aux marchands pour leur indiquer que l'île sur laquelle il souhaitait se voir débarqué était proche (devinons : le Bacino et la Piazza bien sûr, et non pas Aquilée).

La niche suivante de la façade de la Basilique (le portail de Saint Clément) montre, à droite l'arrivée du bateau au Bacino devant la place et le débarquement du panier contenant le corps de Marc. Dans la lunette sont représentés, sur cette mosaïque du début du 17ème siècle, les prélats et la hiérarchie religieuse de Venise, ce qui est inexact, car c'est le Doge lui-même, à l'origine de cette affaire, qui reçut le premier le bateau et son chargement.

Tous ces gens sont béats de regarder (gauche de la coupole) des porteurs transportant la dépouille mise dans un linge blanc.

De toute façon c'est la liesse et la victoire totale sur Aquilée et son patriarcat fantoche issu de l'empire germanique.

C'est aussi un énorme pied de nez à Rome. Venise prend définitivement le dessus.


Pour être complet sur la façade je montre aussi le portail central avec une grande mosaïque impressionnante mais qui ne fait pas partie de l'histoire.

A gauche du portail central, le portail dit "de Saint Pierre" montre le Doge réceptionnant les reliques du Saint (contrairement au portail de Saint Clément qui ne montre que des ecclésiastiques).

Le Doge porte la corne ducale, un chapeau arrondi vers l'arrière, sans doute hérité du bonnet phrygien porté par les soldats de Byzance en poste à Venise, dont le chef était le Doge. Toute la gloire de cet événement incroyable revient au Doge, et il le fait savoir au monde entier et particulièrement à Rome qui s'en mordra les doigts de jalousie (bon ils avaient quand même Pierre).

Les reliques furent accueillies par une cérémonie grandiose (bien remarquer que c'est le Doge et non l'évêque qui fit la réception) et des fêtes à n'en plus finir.

Le Doge assit sa réputation, Aquilée la boucla définitivement, et la basilique Saint Marc commença à prendre forme.


Elle fut terminée en 832, mais détruite en 976 lors d'un incendie provoqué lors d'une émeute, qui ravagea le palais, la basilique, et un immense quartier de la ville (ce qui amena les Vénitiens à construire en dur).

Enfin, tout à gauche, on trouve dans la niche une extraordinaire mosaïque qui, elle, est une originale et date de 1240 (date de la basilique).

Elle nous montre la translation de Saint Marc. Mais surtout elle nous offre le premier dessin connu de la nouvelle Basilique. On y reconnait les chevaux, les portails, les coupoles, exactement comme aujourd'hui (ou presque).

Et l'histoire est aussi racontée dans les mosaïques à l'intérieur de la Basilique, qui datent de la fin du 11ème siècle.

On peut y voir dans le transept gauche l'extraction du Saint par Rustico et Bon (on a tous les noms), puis le transport vers le bateau. Noter les noms des personnages impliqués, en bas les noms des voleurs, les cris des Musulmans (Kanzir Kanzir : Impur Impur).

Ici on voit les navigateurs rentrer au bercail (noter le détail de la moustache de l'un d'eux), avec Saint Marc et sa tonsure, et le Christ barbu qui les guide dans la tempête.



Pour achever le récit, je montre comment le Tintoret en 1566 avait compris les contractions possibles de l'espace-temps d'Einstein en peignant la Translation de Saint Marc (aujourd'hui à l'Accademia de Venise) : la scène au départ est l'enterrement de Saint Marc par ses fidèles (en 62) qui l'enlèvent aux Idolâtres suite à un terrible orage à Bucoles.


A. Les habitants se réfugient sous des arcades (il pleut très fort ce jour-là), mais ces arcades sont celles des Procuratie qui entourent la Piazza ! Au fond, l'église San Geminianio, qui fut détruite par Napoléon pour faire son aile impériale à son beau-frère.

B. Saint Marc est un vigoureux jeune homme avec toutes ses jambes. Oui mais non, il a plus de 60 ans et on vient de lui casser les os des jambes !

C. Celui qui lui tient la tête est Messer Rangone, le financier du tableau, donc vivant en 1566 à Venise ! (Rangone a son église pas loin, San Zulian)

D. Avec l'improbable chameau et son chamelier traîné par terre, ils vont cacher le corps dans l’église de Bucoles. Mais en fait, sur la toile, ils sont déjà arrivés sur la Piazza (plus vite que la lumière !).

Pour finir, disons que la dépouille de Marc disparut lors de l'incendie qui dévasta le Palais en 976, l'église Saint Théodore, la Basilique et et 200 maisons des quartiers alentour. On décida de reconstruire la Basilique en 1060, et une troisième Basilique fut consacrée en 1063. C'est là qu’en les cherchant on s’aperçut que la dépouille avait été perdue. Ce n'est qu'en octobre 1094 (ou juin ? à Venise les dates sont très très flexibles selon les sources) qu'on le retrouva dans un pilier avec un bras dépassant à l’extérieur, ceci à la suite d'une vision miraculeuse donnée à la fois au Doge Falier et à l'évêque Contarini (pour ne pas faire de jaloux). Et on le remet dans un sarcophage et dans la crypte agrandie. Le Tintoret en a fait aussi une grande toile originellement pour la Scuola dei Carmini et qui se trouve aujourd'hui à l'Accademia.

Voilà. Je me suis concentré sur Saint Marc mais sachez que des milliers d'autres événements ont eu lieu pendant cette période, que j'ai dû effacer de cette histoire pour ne pas se perdre trop dans les détails.